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01 février 2006

Merci, Arnaud

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Merci, Arnaud
Par D-E Blanchard, éditeur et écrivain (Metro - 30/01/2006)

Ce qu’il y a d’épatant à la télévision, c’est le direct. Ça peut partir en vrille comme chez soi, à la fin d’un repas familial où tout le monde avait pourtant décidé de se tenir peinard. Là, c’était chez Stéphane Bern, “19 h 10 pétantes”, sur Canal +, en clair. Un truc qui ressemble à des tas d’autres, d’Ardisson à Fogiel et tutti quanti. Il y avait Joe Starr ce soir-là, Hélène de Fougerolles et Arnaud Montebourg. (Rappelons qu’il a créé le NPS en 1982 et Rénover, maintenant, en 2005.) Très vite, c’est à lui. Sa supposée solitude depuis la rupture du Mans. En gros, c’est : “Alors, Arnaud Montebourg, vous n’avez pas l’impression qu’ils vous ont roulé dans la farine, Peillon et Emmanuelli ?” Le Bern ne se sent plus de joie : ça va saigner, ça va être la grande boucherie, les Atrides, du Shakespeare en direct ; de la grande, de la très grande télévision comme ils disent. La commission parlementaire d’Outreau a ouvert la voie : on va revisiter les procès devant les caméras comme on tente de revisiter l’histoire à l’encre de la loi. Mais l’Arnaud, beau gosse, baraqué, rompu à la joute oratoire, sûr qu’ils ne vont pas le faire craquer comme ça les petits gars de Canal. En fond d’écran, en géant, la photo de Peillon et Emmanuelli. C’est fin, c’est très fin, ça se regarde sans fin… Que dalle, dit Arnaud en substance, ça c’est notre affaire, moi je suis là pour parler politique, pas pour régler des comptes. Et c’est ici que ça va commencer à se gâter : le concept est hérité du “Divan” de Chapier, jadis. Un divan donc, rouge, et une jeune et charmante présentatrice qui va singer la psy. Déjà Arnaud, ça l’emballe pas de s’allonger. Il commence par s’asseoir, étend les jambes et se rend immédiatement compte du grotesque de la position. Alors il se tient de nouveau assis et refuse cette posture. Puis, voilà, on va faire comme ci et surtout – ils se sont dit que ce serait vraiment très drôle – il y a dans le dos d’Arnaud Montebourg un type en blanc qui ressemble à Guy Montagné et qui mime on ne sait quoi. Imaginez cela : vous êtes en train de parler avec sérieux en face de quelqu’un qui vous invite à l’intimité et il y a un gus dans votre dos qui se fout de votre gueule. Un peu comme ce truc où, au moment de la photo, le marrant de service vous fait des oreilles de lapin. Arnaud s’est très vite rendu compte de ce qui se passait derrière lui, il se retourne une fois, deux fois, et voyez-vous ça ne lui plaît pas. Mais pas du tout, et j’ai comme l’impression que cette douteuse mise en scène on s’était bien gardé de l’en avertir. Mauvais client, devaient se dire Bern et sa clique. Chez Ardisson, Michel Rocard, quand on lui demande si “sucer c’est tromper” feint, au moins de trouver ça très amusant. Arnaud, lui, se ferme comme une huître, et sur le plateau, c’est comme si on avait poussé à fond la clim. A voir la gueule que tire Montebourg, on comprend qu’il ne va pas les rater : “Je ne suis pas ici pour faire le clown.” Voilà, c’est dit. Voilà qui ramène un peu de dignité dans ce cirque. J’espère qu’ils comprendront, les gens de la télé, que ce n’est pas parce qu’on vient devant les caméras qu’on doit accepter d’être violé. Ce n’est pas parce qu’on vient devant les caméras qu’on doit vous traiter de pute. Ce n’est pas parce qu’on vient devant les caméras qu’on doit pouvoir vous demander n’importe quoi. A quand Sarkozy en string léopard ? Ségolène Royal en bimbo ? Tout ça pour rire ? Vraiment ?

Par son refus, par sa résistance à la dérision obligatoire, Arnaud Montebourg a donné, le plus délicatement du monde, une leçon de respect. Merci à toi camarade.

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3 Commentaires:

Anonymous Nico dit ...

Parfaitement d'accord avec toi Luc, il les a bien calmés. Marre de cette façon de décridibiliser systématiquement la et les politiques et après se plaindre (les mêmes) que les gens ne croient plus en rien et ne votent pas (ou pire, votent n'importe quoi).
Les émissions de promo oui, mais pour les artistes, pas pour les politiques...
Sinon, c'est clairement assimiler la politique à du commerce et y a vraiment pas besoin de ça en ce moment.

02 février, 2006 09:17  
Blogger brigetoun dit ...

très bien mais il me semble avoir déjà lu ce texte

02 février, 2006 23:44  
Blogger Alcibiade dit ...

Normal, cet article est paru dans Metro et écrit par D-E Blanchard ...

Mais je suis tellement d'accord que j'ai reproduit comme tel.

03 février, 2006 19:11  

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