]]>

19 octobre 2006

Gérard Miller, le salaud "lumineux"

Partager
Un coup de gueule. Mais d'abord pourquoi ce titre ? Vous pouvez écouter ici un extrait de l'émission de Laurent Ruquier du 17 Octobre. Sur France 2 ce mardi, Gérard Miller a qualifié l'écrivain Marc-Edouard Nabe de "salaud lumineux". Il se l'est autorisé, se justifiant même, car Jacques Vergès l'aurait employé lui-même. Donc si Vergès le dit, alors Miller peut le dire de Nabe. Donc moi, gamin que je suis, je me permets de l'employer pour Miller. Sauf que les guillemets me semblent plus appropriés.

Un coup de gueule donc, suite à cette émission. Vous aurez compris que j'apprécie la plume de Nabe, même si je n'adhère pas à l'ensemble de ces propos. Mais pour moi, il est important de pouvoir dissocier l'oeuvre de l'homme (Frédéric Vignale, si tu me lis !). Pour étayer sa théorie - Nabe est un vilain raciste-antisémite-homophobe - Miller a mis des trémollos dans sa voix et nous a lu des extraits de la réédition de "Au régal des Vermines" de M.E.N. (Ed. Le Dilletante). Soit, les extraits sont violents. Alors je me permets de vous porter ci-dessous cet extrait, tiré du même livre :

La Musique est ce par quoi tout art veut terminer. C'est le dernier soupir. Le langage poétique est une musique difficile. Le vrai langage, c'est tout dire avec des notes, avec des onomatopées. Tout transformer en musique, comprendre chaque bruit comme si c'était un mot, un sous-mot.
J'aime beaucoup les onomatopées. J'aimerais même qu'on ne puisse s'exprimer que comme ça. J'aurais souhaité que l'expression fût totale avec des onomatopées.
Le Jazz y réussit magistralement. Tout est dans le Jazz. Le Jazz suffit. Quand trois cents milliards d'individus butés seront persuadés que Ravel et Monk, c'est rigoureusement la même chose, il n'y aura plus d'Apocalypse, d'elle-même la fin du monde ira se "finir" ailleurs, dans les étoiles ...

Selon moi, ces quelques lignes peuvent à elles seules illustrer le génie de l'écrivain. Et si Miller avait lu ces lignes à l'antenne, quelles impressions auraient été celles du téléspectateur ? Alors oui, j'en ai marre de ces chroniqueurs s'autorisant de donner un jugement moral, et non artistique sur un auteur. Avec des extraits, l'on peut faire dire tout et n'importe quoi ! Marre de ces avocats de la bienpensance !

Poussons la logique de Miller un peu plus loin. Imaginons que ce cher homme nous lise sur notre bienaimé service public audiovisuel cet extrait-là :

Je me sens très ami d’Hitler, très ami de tous les Allemands, je trouve que ce sont des frères, qu’ils ont bien raison d’être si racistes. Ça me ferait énormément de peine si jamais ils étaient battus. Je trouve que nos vrais ennemis c’est les Juifs et les francs-maçons. Que la guerre qui vient c’est la guerre des Juifs et des francs-maçons, que c’est pas du tout la nôtre. Que c’est un crime qu’on nous oblige à porter les armes contre des personnes de notre race, qui nous demandent rien, que c’est juste pour faire plaisir aux détrousseurs du ghetto. Que c’est bien la dégringolade au dernier cran de dégueulasserie.

Vous vous demanderiez quel être aussi immonde a pu écrire ces quelques lignes ? J'ai déterré ce passage de L'école des cadavres, l'un des pamphlets de Louis-Ferdinand Céline. Bien que cet auteur ait pu écrire des ignominies, cela fait tout de même de Céline l'écrivain français du XXème siècle le plus traduit et le plus diffusé. Et il n'est pas rare que Voyage au bout de la nuit ou Mort à crédit soit étudié à l'école. Mais avec un Gérard Miller distribuant les bons et les mauvais points, ces grands auteurs seraient mis au ban de la littérature depuis bien longtemps ...

Parlons justement des fusillés ! Pendant cette émission, Gérard Miller dit très clairement :

Le dénommé Rebatet qui a été, je crois, fusillé à la libération, en tout cas qui le méritait, il a écrit un livre qui s'appellait Des cons. Il avait une formidable plume ! Il avait un grand talent d'écriture ! Simplement lorsqu'il parlait des juifs, il disait cette phrase célèbre : "les juifs il faut pas seulement les déporter, il faut également emmener les petits".

OK cette phrase de Lucien Rebatet est atroce. Je ne dirai jamais le contraire. Je tiens à être clair ! Passons outre le fait que Rebatet ne soit décédé qu'en 1972, après avoir été emprisonné entre 1945 et 1952, et que Gérard Miller devrait revoir son histoire. J'ai été terriblement choqué par cette phrase : "Rebatet qui a été [...] fusillé à la libération et qui le méritait". Lui, Gérard Miller, le démocrate auto-proclamé, il nous ressort la justification de la peine de mort ! Et pas pour un criminel ! Non pour un écrivain, pour un journaliste ! Il nous dit très clairement que la mort peut être méritée ...

Monsieur Miller, cessez donc de nous faire perpétuellement des leçons de morales. Réfléchissez un peu avant de sortir de telles inepties : le fascisme n'est pas forcément là où l'on croit qu'il est ...

Libellés :

16 Commentaires:

Anonymous Anonyme dit ...

Je fais le premier commentaire... c'est un triomphe, cher ami!

Miller est un St Just d'opérette, un torquemada de boulevard... il aurait aimé être un grand intellectuel, il n'est qu'un guignol médiatique qui s'arroge le droit de distribuer bons et mauvais points... pathétique. C'est lui faire trop d'honneur que de lui consacrer ce commentaire ;-)
Sur le fait de faire la part entre l'oeuvre, le style, l'homme et le fond... oui, en fan de Faulkner et de Céline, je pourrais difficilement ne pas adhérer (au sens ruban du terme, genre qui colle) à ce propos.
J'aime beaucoup ce que vous faites cher Narcisse, continuez (sauf 2-3 trucs, quand même...;-))
Sauf que tu écoutes Ruquier!!! Eurpoe 1!!! j'hallucine, là tu perds des points mais c'est de la sociologie participative, I presume?

Benjamin

20 octobre, 2006 01:18  
Blogger Alcibiade dit ...

Je n'écoute pas Ruquier. J'ai regardé la vidéo en allant sur le site de MEN ;-)

20 octobre, 2006 01:20  
Anonymous elodie dit ...

En même temps, il passe à la télé, il croit peut-être que les téléspectateurs sont idiots ou complétement endormis; c'est bizarre pour quelqu'un qui adore lire Marianne ? !?

( mais c'est quoi toutes ces lettres a taper)

20 octobre, 2006 15:29  
Blogger Alcibiade dit ...

Je n'ai rien compris, Elodie ...

20 octobre, 2006 17:58  
Blogger FalconHill dit ...

Z'ai pas trop compris non plus, mais Elodie elle est trop gentille, donc pas taper hein ;-)

Magnifique passage de Céline sinon... Je ne connais pas Céline, je n'ai jamais lu Céline, mais c'est incroyable que quelqu'un avec autant de talent (c'est pas Saccomano qui dira le contraire : il est amoureux de Céline et de Nasri) puisse écrire de telle chose. Enfin, je suis content de m'être connecté chez toi aujourd'hui, j'aurais lu du Céline.

Concernant Miller... c'est le gars qu'on a envie de frapper, et pourtant avec qui on aurait bien envie de boire un verre. Je le trouve aussi sympathique qu'insupportable. Intolérant il est (si on lit Télérama, on est automatiquement quelqu'un de bien pour lui), et pourtant... Pourtant je sais pas.

Ce Miller, c'est comme Askolovitch, Gilles Verdez du Parisien, Elisabeth Levy, Claude Cabannes... Des gens insupportables, que je frapperai dés fois avec violence et plaisir, et pourtant pour qui j'ai un grand respect, voire même de la réelle sympathie. Je dois être spécial... (je vais boire ce soir ^^)

Bonne soirée à tous

20 octobre, 2006 18:43  
Blogger Alcibiade dit ...

Oui va boire Fabien, ce sera mieux ;-)

Et pis je tape pas sur Elodie, elle est sensas !

20 octobre, 2006 21:21  
Anonymous Eric dit ...

Oui, ce qu'a fait Gérard Miller n'était vraiment pas courageux.

Le jour où où Ruquier reçoit BHl (ça peut arriver), il faudra voir comment Miller lui passe du cirage...

21 octobre, 2006 23:56  
Blogger Alcibiade dit ...

On peut lui faire confiance pour ça ;-)

22 octobre, 2006 12:22  
Anonymous Georges Dazet dit ...

C'est vrai que Miller dit "Des cons" alors qu'il s'agit de "Décombres". Il parle beaucoup de ce qu'il connaît peu, cet homme, mais si ça ne le gêne pas de perdre toute crédibilité, ou pour être plus exact, de continuer à se ridiculiser, c'est son affaire.

Deuxième point : Puisque j'aime Céline et que l'on n'a pas souvent l'occasion (c'est à peine si on a le droit) de lire des extraits de ses pamphlets, je me suis permis, moi aussi, de ressortir un extrait que l'on pourra juger de circonstance, tiré de _Bagatelle pour un massacre_ :

"Ce n'est plus aux artistes inouïs, aux génies sublimissimes que s'adressent nos timides prières... nos ferveurs brûlantes... c'est aux dieux, aux dieux des veaux... les plus puissants, les plus réels de tous les dieux... Comment se fabriquent, je vous demande, les idoles dont se peuplent tous les rêves des générations d'aujourd'hui ? Comment le plus infime crétin, le canard le plus rebutant, la plus désespérante donzelle, peuvent-ils se muer en dieux ?... déesses ?... recueillir plus d'âmes en un jour que Jésus-Christ en deux mille ans ?... Publicité ! Que demande toute la foule moderne ? Elle demande à se mettre à genoux devant l'or et devant la merde !... Elle a le goût du faux, du bidon, de la farcie connerie, comme aucune foule n'eut jamais dans toutes les pires antiquités... Du coup, on la gave, elle en crève... Et plus nulle, plus insignifiante est l'idole choisie au départ, plus elle a de chances de triompher dans le cœur des foules... mieux la publicité s'accroche à sa nullité, pénètre, entraîne toute l'idolâtrie... Ce sont les surfaces les plus lisses qui prennent le mieux la peinture."

22 octobre, 2006 17:02  
Anonymous Georges Dazet dit ...

Rectification : Miller m'a induit en erreur, le livre s'appelle même "Les Décombres" et non pas seulement "Décombres". Désolé si je t'ennuie avec ce scrupule idiot. Mais les erreurs les plus infimes peuvent prendre de l'importance. Ne publie pas ce message sur ton site, corrige directement mon premier post si tu le peux. Je te souhaite de tracer ton petit chemin le plus lumineusement possible.

Klausinski

22 octobre, 2006 17:13  
Blogger Alcibiade dit ...

Désolé, je ne peux pas changer les commentaires.

Et pis, y a pas de soucis ;-)

22 octobre, 2006 17:17  
Anonymous Anonyme dit ...

Désolé mais je vous trouve fascinant. Je suis docteur en lettres et je peux vous dire que la bonne plume n'excuse en rien la saloperie des auteurs tels que Nab ou Céline.

11 février, 2007 02:13  
Blogger Annick dit ...

je ne regarde et n'écoute plus Ruquier depuis longtemps ,ses blagues à deux balles ,ses gloussements de poule ,Gerard Miller et celui qui a l'air toujours sale et puant C Allévèque

02 mai, 2007 20:48  
Anonymous dianthus dit ...

Invoquer les écrits de Céline pour justifier ceux de Nabe... je vous félicite, votre goût de la mesure vous honore.
Une chose, brève: à l'avenir sachez distinguer le brûlot ordurier et gratuit de l'oeuvre célinienne; laquelle ne saurait être réduite à ce prisme ou à la lecture unilatérale que vous en faites.

22 février, 2008 16:29  
Blogger emma dit ...

Miller est une vraie honte pour la psychanalyse, à moins que la psychanalyse ne soit qu'une merde. Il représente la cochonnerie de notre époque médiatique où les imbéciles sont à l'honneur,
j'adore Céline comme homme, comme écrivain, comme ami des chats comme Colette, c'est un visionnaire.

08 avril, 2008 15:27  
Anonymous Jesse dit ...

Nabe insulte la terre entière dans ses bouquins... il ne se prive pas non plus d'insulter les gens en direct dans des émissions de télé. Mais lorsqu'il se fait insulter, il prend la mouche, pauvre chou. Ridicule!

Quant à votre comparaison avec Céline, elle se retourne contre vous: oui, ce qu'a écrit Céline entre 1937 et 1941 dans ses trois pamphlets était absolument répugnant. Les fulgurances du style n'excusent en rien les appels au pogrom ou à des mesures plus radicales contre les juifs au moment même où on leur faisait porter l'étoile jaune. C'est absolument inexcusable, d'autant que Céline n'a jamais rien regretté et s'est au contraire complu après la guerre à se présenter partout comme une victime... Quelque soit le génie de l'écrivain, auriez-vous été choqué que sur un plateau télé l'un de ses interlocuteurs l'interpellât dans des termes analogues à ceux employés par G. Miller ("j'arrête là sur le profond dégoût que vous m'inspirez")?
Je ne mets pas Nabe sur le même plan que Céline, ni comme écrivain (Céline lui est très supérieur) ni comme "salaud" (Céline était bien pire). Mais on ne peut pas jouer sur tous les tableaux en même temps: faire le rebelle, l'apologiste de Carlos et de Ben Laden, faire la liste de tous les gens qu'on "vomit", assassiner littérairement dans son journal tous ses "amis"... et se vexer comme une jeune vierge effarouchée quand quelqu'un dit de vous ce qu'il pense et le dit en face. C'est Nabe qui s'est ridiculisé ce jour-là et non G.Miller (même si ce dernier a montré son ignorance en confondant Rebatet, qui survécut, avec Brasillach -l'auteur du "il faut se séparer des juifs en bloc et ne pas garder de petits" - qui fut fusillé).

20 mai, 2008 16:04  

Enregistrer un commentaire

Liens pour ce post:

Créer un lien

<< Home