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13 janvier 2007

Cambodge, pays d'histoire (2) : Phnom Penh

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Le trajet entre Siem Reap et Phnom Penh se fait en car, de façon très agréable. Le paysage sublime nous laisse voir les rizières. La période est en outre celle de la récolte du riz.

L'arrivée à Phnom Penh est un vrai bonheur, la ville tellement différente de la capitale voisine de Thaïlande. Ici point de buildings : aucun bâtiment de plus de 5 niveaux. Les traces du protectorat français sont encore très visibles, les maisons coloniales nombreuses et imposantes. Il règne ici une ambiance douce et chaleureuse, aidée par la présence au coeur de cette ville du Mékong, le long duquel se situe tous les bars et restaurants touristiques. Une petite Croisette asiatique.

La pauvreté est moins visible dans la capitale que dans les provinces alentoures. Cependant les médiants sont plus nombreux, bien que pas insistants. Il semble qu'il existe un plus grand fossé : les pauvres plus pauvres, et une classe aisée beaucoup plus visible. A la sortie des lieux touristiques, nombreux sont les mutilés victimes des mines anti-personnelles, ayant perdu une ou deux jambes. Plutôt que de tendre la main, les enfants préfèrent ici vous aborder en vous vendant des livres. Toujours la dignité de ce peuple qui transparaît.

Le regard est attiré de part et d'autre. Ici des mariés posant pour leurs photographes sur l'esplanade du Monument de l'Indépendance. Là une vendeuse de cerfs-volants. Et encore un mariage dans une pagode. Ou bien une fête familiale à même la rue, sous une grande bâche. Et partout le même accueil chaleureux.

Dans la ville, le moyen de locomotion le plus simple est le motodop, à un ou deux - sans casque évidemment - à l'arrière d'un scooter. Sensations garanties. Mais efficace pour se déplacer dans cette ville rapidement embouteillée.

Les visites du Palais du roi et du musée national se font rapidement. Les lieux sont lumineux et élégants, grands mais à taille humaine. Les dorures sont nombreuses mais pas vulgaires. Un joli petit pavillon Napoléon III dénote du reste de l'architecture.

Un midi, nous déjeûnons chez Monsieur Leng, tenant un petit restaurant. Agé de soixante ans environ, il fait partie de ces cambodgiens en voie de disparition, parlant parfaitement le français. C'est l'occasion d'engager la discussion. Et pour lui de regretter l'abandon de la langue française. Et de réclamer l'aide de la France, avec un brin de nostalgie, pour soutenir l'accès à l'éducation
des enfants.

Cependant, nous sentons que parler de la période khmère est impossible. Un tabou dans le pays. Jamais nous n'entendrons un cambodgien évoquer cet épisode douloureux, mais pourtant récent, de leur histoire. Déjà les personnes âgées sont rares, l'espérance de vie située à 53 ans n'arrangeant rien. Et pourtant tous ceux âgés de plus de 40 ans ont connu la barbarie des khmers rouges. Etrange sensation quand on y réfléchit. Nous nous retrouvons dans une ville qui, en 48h, a totalement été évacué de sa population en avril 1975 ! Imaginez 2,5 millions de personnes (le nombre d'habitants de Paris intra-muros) déportés.

Pour ne pas oublier, il existe tout-de-même quelques lieux de commémoration. Le principal est sans aucun doute le centre d'internement et de torture de Tuol Sleng, surnommé S 21 par l'équipe de Pol Pot, dirigé par un ancien instituteur, Douch. Effrayant de constater que l'endroit était auparavant un lycée, surtout lorsque l'on sait que nombre de dirigeants du Kampuchéa démocratique était professeurs. La visite se révèle si ce n'est traumatisante, au moins très éprouvante. La longue série de portraits des victimes de la torture, 15 000 environ dans ce seul endroit, s'avère un moment difficile à encaisser. D'autant plus lorsqu'on croise le visage figé via les photographies d'hommes, de femmes, de vieillards et d'enfants. Sans parler des crânes humains entassés.

Les mêmes restes humains provoquent tout autant un choc en se rendant sur le camp d'extermination de Choeung Ek. Prêt de 9000 restent humains ont été retrouvés sur ce site. Un charnier à ciel ouvert que l'on visite dans le silence. Un bon moyen de comprendre le passé récent de ce magnifique pays. Une façon de rendre hommage à la souffrance endurée par le peuple khmère. En moins de 4 ans, le régime de Pol Pot provoquera la mort de plus de 2 millions de personnes. Sans parler des blessés. Ni des mutilés par les mines. Pour un pays qui ne comptait que 6 millions d'habitants à cette époque.

Le Cambodge, un pays d'histoire en effet. Et l'histoire ne se comprend pas que par des chiffres. Etre sur place permet de mieux saisir la situation actuelle.

Une fois encore, n'hésitez pas à agrandir les photos en cliquant dessus. Pour voir plus de photos sur Phnom Penh, cliquer ici. Pour celles relatives à la période du Kampuchéa démocratique, c'est ici.

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4 Commentaires:

Anonymous celeste dit ...

Très beau billet, sensible et émouvant

Le peuple cambodgien est d'une grande dignité malgré l'horreur de son histoire

15 janvier, 2007 11:31  
Anonymous Anonyme dit ...

Bonjour Narcisse! heureuse de te lire de nouveau

1/ Excellent le reportage sur petit Sarko
2/ Concernant Phnom Penh, où en sont-ils côté routes? Quand j'y étais, il y avait moins de 1/10 des routes de la capitale qui étaient goudronnées. Et je me rappelle d'une inauguration à l'aube du goudronnage d'une route en plein centre ville, avec quelque 50 enfants qui chantaient à cette occasion...
Juste une remarque sur la comparaison avec Bangkok : la prostitution est plus visible en Thailande, mais malheureusement la pédophilie beaucoup plus facile au Cambodge, où la "prostitution enfantine" (même si cela ne veut rien dire) n'est pas du tout combattue.

Karine

15 janvier, 2007 18:38  
Blogger Lancelot dit ...

Salut karine !

merci pour ton message.

Les routes de PP sont maintenant pas mal gourdronnées, je dirai plus de la moitié à vue d'oeil ...

Sur la prositution au Cambodge, j'avoue que c'est beaucoup moins visible, ce qui est encore plus malsain.

15 janvier, 2007 19:08  
Anonymous céleste dit ...

oui, ce fut terrible, monstrueux et il faut toujours, comme tu le fais, en témoigner

17 janvier, 2007 21:49  

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