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16 avril 2007

Le Pen fait du sport

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J'étais au meeting de José Bové hier, je n'ai donc pas pu me rendre à celui de Jean-Marie Le Pen. Cependant, un ami, Valken, a eu ce courage et cette envie qui m'ont manqués. Il écrit ici ses impressions suite à sa découverte d'un rassemblement du leader du Front National. Enjoy !

Musique : Porque te vas, par Jeanette



Dimanche 15 Avril. Un ciel bleu. Au lieu du cinéma ou d'une balade, aujourd'hui : meeting du Front National. Envie de voir ça, c'est à côté. Je me présente à moto et à 500 mètres de la porte de Versailles un barrage bloque l'avenue. Des manifestants d'extrême gauche, je gare ma moto et me mêle à eux pour passer. « No pasaran ! No pasaran ! ». « Pétain revient ! T'as oublié quelqu'un ! ». Ils sont une centaine autour de moi, menaçants, habillés pour beaucoup tout en noir. Filles et garçons européens, ils chantent sous le soleil leur haine du FN. Nous font face, à vingt mètres, une cinquantaine de gendarmes suréquipés, boucliers, casques, armures. Impossible de passer, « no pasamos » là pour le coup.

Après une petite déviation dans les rues voisines, j'arrive devant le palais des sports. La foule attend à l'entrée, je fais semble-t-il partie des derniers arrivants. Nous attendons patiemment notre tour pour passer les détecteurs de métaux. Les gens sont endimanchés, chemise, jean, chaussures-bateaux, raies sur le côté. Plutôt âgés pour beaucoup. Avec la chaleur règne une ambiance un peu crispée, concentrée. Et l'odeur de transpiration qui me saute au visage me met un peu mal à l'aise. Tout le monde, c'est curieux, se jauge un peu du coin de l'oeil. Nous ne sommes pas encore tout à fait ensemble, nous sommes les uns à côté des autres. Impatients d'être ordonnés par le rassembleur. De temps en temps, un homme en costume sombre un badge DPS [concernant le "Département Protection Sécurité", service d'ordre du FN, allez lire le rapport de la commission d'enquête parlementaire] fend la foule et laisse passer des VIP bien habillés, bien accompagnés aussi. Ils et elles font un peu tâches dans la masse franchement populaire qui attend.

Finalement c'est mon tour, je rentre dans la grande salle déjà presque pleine, je me trouve une place discrète, me cantonnant à mon rôle de spectateur. Le spectacle est impressionnant, la mise en scène se veut grandiose et bien réglée. Il y a d'abord un braillard peu charismatique, qui chauffe un peu la foule et appelle Marine Le Pen. Elle a du coffre, une petite gouaille parisienne qui la rend populaire. Mais elle est surtout très énergique, dans sa prise de position d'abord, résolument anti-Sarko. D'ailleurs « est-il vraiment amoureux de la France ? » Et ensuite dans le lancement du show, qui vise à propulser sur scène la star du jour : un vieillard myope et boitillant.

Ce leader adulé, acclamé, qui ne peut en placer une pendant la standing ovation d'au moins une minute trente, va pendant une heure et demie s'en prendre au système. Ce système qu'il rejette, combat, et dénonce depuis des décennies. Précédé d'une pseudo patrouille de France sur écran géant fonçant sur l'Elysée. Accueilli par une foule en délire ornée de drapeaux tricolores. Ce leader donc, va proposer sa vérité. La nation, la famille, le travail, la lutte contre l'immigration, enfin comme d'habitude quoi. Mais en vrai c'est quand même impressionnant d'efficacité. Il agrémente son propos d'attaques tous azimuts contre Chirac, Sarko, Bayrou, de Villiers, Royal. Tout le monde passe à la moulinette Le Pen dont le but affiché est de rejeter. Il faut rejeter puisque rien n'a marché jusque là. Et cela sera de pire en pire apparemment. Le ton est dynamique, articulé, appuyé, mais au bout de vingt minutes, le vieil homme fatigue un peu. Il se tend, alors il se met à tousser. Commet quelques fautes, hésite. Mais le président a de l’aplomb, il se reprend et son éloquence fascine l’assemblée blanche. Jean-Marie Le Pen n’est pas un homme de rupture, ne pratique pas la douceur pour repartir et renforcer son discours. Non, il tape encore et toujours sur le clou de l’anti-système.

A côté de moi passe d’étranges bikers musclés et rasés. Leur veste en cuir noir est frappée d’un « Gaulois » en lettres gothiques. J’imagine qu’il complète un service d’ordre bien garni et présent dans toute la salle.

En fait, la grande surprise d’un meeting du Front national, ce n’est ni le discours de son leader, ni la mise en scène mégalo de Yann Le Pen, ce sont les spectateurs bien sûr. Des gens abrutis par le vacarme et l’agressivité de la tribune. Qui ne comprenne pas la moitié du vocabulaire aboyé, ainsi « inflation » et « PIB » sont applaudis comme « racaille politicienne » et « mensonges d’état ». Ce que j’ai vu était bien laid, des ignorants persuadés qu’ils ont raison. Que la vérité affichée est évidente. Mais quelque chose cloche. Et le vacarme du spectacle m’empêche de comprendre quoi.

Alors, comme un guide, Le Pen m’illumine de son savoir et m’apporte la clé. Ironisant sur les citations de Jaurès à droite comme à gauche, il cite à son tour le socialiste : « La patrie c’est ce qu’il reste aux pauvres quand il ne leur reste plus rien ». La salle exulte aussitôt, et je voudrais prendre le micro pour leur demander « et la connaissance ? ».

Le Pen conclut avec un poème de Charles X sur le ciel qui revêt son manteau (il fait pas beau), et sur le soleil qui pointe son nez (il fait beau). Mais déjà la salle a décroché et a pris place pour le final tant attendu : une marseillaise entonnée par le chef lui-même. Et c’est sur un « Vive la France » plein d’optimisme que les troupes gonflées à bloc repartent vers leurs bibliothèques, où au café d’en face, c’est selon.

Je repars satisfait, en bon citoyen, car persuadé de ne pas vouloir voter Le Pen, sans regret.

En marchant vers ma moto, j’aperçois un couple enlacé qui me précède, drapeaux français et tracts à la main. Ils observent d’un œil complice et ironique deux françaises qui attendent le tramway. Assises sur une rampe en métal, leurs fesses débordent de leur jeans, le couple s’arrête amusé, et le garçon prend une photo du spectacle il est vrai un peu coquin. Ah oui, les filles sont d’origine africaines. Le venin fait son effet.

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3 Commentaires:

Anonymous Anonyme dit ...

Narcisse, t'es comme les autres bobos, la culture, tu crois en avoir assez pour critiquer ceux que tu ne comprends pas, mais t'es quand même un peu étroit côté cervelle et l'école laïcarde et "jacklanguisée" ne t'a pas arrangé : sache quand même que le poème dit par Le Pen au meeting de dimanche n'est pas du roi Charles X (1757-1836), mais du duc Charles d'Orléans (1394-1465) !!! C'est pour que des types comme toi puissent s'instruire (et disent moins de c...ies) qu'il faut que Le Pen soit Président, et vite, ça urge !!!

19 avril, 2007 22:35  
Blogger Lancelot dit ...

Merci d'avoir lu mon CV, mais il n'explique en rien qui je suis, je vous remercie pour votre psychologie MachaBérangerisée, mais apprenez à lire avant de commenter ici ...

20 avril, 2007 00:45  
Anonymous Valken dit ...

Excusez moi je me suis trompé de Charles dans mon commentaire et dans ma citation. En espérant que Le Pen ne soit pas élu à cause de moi..

20 avril, 2007 10:28  

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