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20 avril 2007

Si les sondages étaient conchiés (I)

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(Musique : Private Investigations de Dire Straits, juste sublime)


C'est la fin. Aujourd'hui sortent les derniers sondages relatifs au premier tour de cette élection présidentielle. Si vous regardez les estimations des intentions de vote du dernier baromètre de la TNS-Sofres, vous lirez donc : Nicolas Sarkozy à 28%, Ségolène Royal à 24%, François Bayrou à 19,5% et Jean-Marie Le Pen à 14%.

On pourrait penser que les élections sont jouées. Mais plutôt qu'un cours de stats - il faudrait me replonger dans mes cours (oui, j'ai fait des études en statistiques !) - pointant le doigt sur les marges d'erreur, la non prise en compte de l'abstention, les pondérations, plutôt que de revenir sur les pratiques des sondeurs laissant fort à désirer, je préfère relire les archives de ce même institut, la TNS-Sofres, car il est le leader en matière de sondages. Et regardons de plus près leurs estimations des derniers scrutins présidentiels.

Commençons par les élections de 1974, c'est étonnant la proximité entre les sondages et les résultats : François Mitterrand arrive en effet en tête avec 43,2% des voix le 5 Mai, le 29 Avril (dernier sondage établi) il était estimé à 44%. Le second, et futur président de la République, Valéry Giscard d'Estaing, pointe à 32,6%, pour des sondages le portant à 31%. Le troisième homme était tout de même surestimé de presque 2 points, arrivant à 15,1% alors qu'on lui prévoyait 17%.

Le scrutin de 1981, qui voit Tonton devenir président, prouve déjà la faiblesse des estimations de la Sofres. Certes l'ordre d'arrivée était juste pour les finalistes, mais le troisième homme n'était pas le bon : Valéry Giscard d'Estaing à 28,3%, François Mitterrand à 25,8%, Jacques Chirac à 18% et Georges Marchais à 15,3%, les sondages les portant respectivement à 27,5% (VGE), 21,5% (FM), 18,5% (JC) et 19% (GM). Ou comment les sondeurs n'ont pas vu venir la chute du Parti Communiste au bénéfice de Mitterrand, les 4 points perdus du premier se reportant quasiment en totalité au second.

La Sofres trouve le bon quarté dans l'ordre en 1988. Mais autant la prévision de François Mitterrand (35%) s'avère assez proche du résultat final du 24 Avril (34,1%), ainsi que pour le 3ème homme Raymond Barre (16,5% au résultat et dans les sondages), autant pour les second (Chirac) et quatrième (Le Pen) hommes le score obtenu est loin de leur estimation : Chirac est surestimé de près de 4 points (19,9% obtenus pour 23,5% estimés), et Le Pen sous-estimé de presque 2,5 points (14,4% obtenus pour 12% estimés).

Les estimations s'avèrent avoir des conséquences plus flagrantes en 1995. Certes les finalistes, Lionel Jospin et Jacques Chirac étaient les bons, mais dans le désordre. Alors que la Sofres prévoyait Chichi en tête devant Jojo, avec 24% contre 20,5%, le candidat socialiste arrivera en tête avec 23,3% pour seulement 20,8% au futur président. Le troisième homme, Edouard Balladur, verra son score de 2 points supérieurs aux estimations (18,6% contre 16,5% estimés). Jean-Marie Le Pen étaient une fois de plus sous-estimé d'1 point atteignant 15%.

Le plus révélateur de la faiblesse des estimations des instituts est évidemment le scrutin de 2002, avec la non prévision des finalistes du second tour. Jacques Chirac pourtant obtenait 19,9% des suffrages, résultat très proche des estimations le créditant de 19,5%. Mais alors que la Sofres prévoyait comme adversaire un Lionel Jospin crédité de 18% des intentions de vote, ce sera un Jean-Marie Le Pen qui décrochera le ticket pour le second tour, alors que l'institut le portait à 12,5%. Les électeurs préférant le leader du Front National à 16,9% (soit plus de 4 points supérieurs aux estimations !) au candidat du Parti Socialiste à 16,2% (près de 2 points inférieurs). Le quatrième homme, François Bayrou, arrive lui à 6,8%, soit 0,8 point au-dessus des estimations.

Alors quelles conclusions tirer de cet historique ? Sinon que les sondages, malgré leur omniprésence dans le débat présidentiel, se trompent de plus en plus. Sinon que les variations restent très importantes, au delà des marges d'erreurs propres à tout échantillon statistique. Et que des différences de 2, 3, voire 4 points peuvent changer le cours d'une élection, et donc de l'histoire. Méfiez-vous non seulement des contrefaçons, mais également des sondages.

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7 Commentaires:

Blogger MC dit ...

Il me pique mes titres en plus...

20 avril, 2007 17:59  
Blogger Lancelot dit ...

Je savais que ça te plairais ;-)

20 avril, 2007 18:02  
Blogger Antoine dit ...

Oui c'est vrai, deux fois le mot "conchier" dans le titre à quelques jours d'intervalle, il va falloir que je me décide à aller chercher dans le dictionnaire ce que ça veut dire !^^
J'espère que la conclusion qu'on doit tirer de ton article c'est que Bayrou sera le Le Pen de 2007, l'assassin du PS... ;)

20 avril, 2007 18:43  
Anonymous nigloo dit ...

si je comprends bien..les sondages:un coup on les met "en avant", un coup on les met "en arrière"...c'est la meme chose dans d'"autres domaines" :on n'en sort pas quoi!!

21 avril, 2007 08:44  
Blogger Lancelot dit ...

Rien compris, Nigloo ...

21 avril, 2007 15:01  
Blogger Louis dit ...

"Méfiez-vous non seulement des contrefaçons, mais également des sondages."

J'adore :)

22 avril, 2007 17:03  
Blogger gpzphoto dit ...

Autant il est pertinent, au vu des dernières 'surprises' de mettre en doute les sondages politiques pour les premeirs tours des présidentielles, autant l'histoire ne permet pas de mettre en cause le vainqueur du second tour (ou ma mémoire a sérieusement flanché, et j'irais de ce pas consulter).

06 mai, 2007 13:53  

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