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12 juin 2007

Lettre à moi

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Mes oreilles lisent cette sublime "Lettre à France" de Michel Polnareff. Ce chef d'oeuvre me rend mélancolique. Je n'ai jamais compris pourquoi cette chanson me faisait monter les larmes aux yeux. Chanson d'exil, chanson sur l'incompréhension, sur la nostalgie. Aucun de ces sujets ne sont supposés m'atteindre. Et pourtant je revois le visage de Polnareff en l'écoutant. Le désavantage des contemporains. Avec Fauré, nul risque que vous croisiez l'auteur du Requiem en Une de l'un de ses tabloïd toujours plus sordide que les autres. J'ai toujours aimé le mystère. Je déteste me dévoiler. Je suis un adepte des petites boites. Dans l'une mes amis, dans une seconde ma famille, une troisième renferme ma vie privée, une autre ma vie militante. Parfois des tiroirs secrets permettent d'accèder de l'une à l'autre, mais tout cela reste fort rare.

Hier soir, en buvant de l'Orvieto, je parlais politique. De la perte de son intégrité à partir du moment où l'on se lance à fond sur cette voie. Je reste un utopiste. J'aime la politique. J'aime les gens, j'adore le contact humain bien qu'il soit souvent inhibé par ma timidité, mais l'observation que je fais de mes rencontres m'enrichit chaque jour. Et bizarrement j'ai des soubresauts d'agoraphobie. La foule m'effraie. Je vous aime individuellement, je vous déteste souvent en masse. Même le pire des cons, je pourrais lui parler des heures. Car il m'instruit. Un non-humaniste vous dirait qu'il le divertit. Moi je prends du plaisir. A comprendre les préoccupations. A pousser les gens dans leurs contradictions. A compatir. Parfois à aider. Souvent à écouter.

Pour cela les campagnes électorales sont sensationnelles. Elles sont le prétexte pour engager une conversation. D'ailleurs avec le sourire, presque aucun individu ne refuse de parler. Souvent quand refus il y a, il provient de personnes engagées. Les pires. Toujours dans la bienpensance, de gauche comme de droite. Ils ont raison. Mes tracts sont différents des leurs. Alors renfermons-nous. Insultons-nous. Vannons-nous. Avec mon changement de parti, j'ai trouvé un nouveau visage sur certains militants socialistes. Celui du mépris. Vous ne m'aimez plus, moi je vous respecterai toujours, du moins vos engagements. Vos remarques supposées drôles n'ont de piquantes que les brûlures de votre venin irrespectueux. Je méprise vos comportements. Mais je m'en moque. J'ai une trop haute estime de la politique pour savoir que vous n'en faites pas. Je ne suis pas un fan. Je refuse les oeillères partisanes.

L'on me dit souvent qu'il faudra que politiquement je me calme, que je me débarrasse de mon regard toujours critique. Que je fasse le choix entre fidélité à un parti et fidélité à mes idées. Je choisirai toujours les secondes. Je crois en mes idées. Mais je suis ouvert à celles des autres. j'ai beaucoup évolué depuis mon adolescence anarchiste. J'ai appris la logique, les règles, que les seules doxa ne font pas des programmes politiques sérieux. Mais je ne me suis jamais vendu. Et donc hier avec mon Orvieto frais, je me disais que je garderai cette intégrité. Quel qu'en soit le prix. Quelles que soient les propositions. Je sais que certaines personnes m'encourageront pourtant à choisir l'ascenceur doré quand je prends la direction de la face Nord en rampant. Mais je sais aussi que mes plus proches sauront toujours me faire raison garder.

Alors oui, j'aime la politique. Ce milieu m'attire. Le besoin de "faire" me submerge dès que je rencontre des inégalités, des injustices, des incompréhensions. Evidemment je suis ambitieux, et de toutes les façons il reste préférable d'avoir du pouvoir pour faire évoluer la société rapidement et justement. Je vais donc m'engager clairement pour vous. Mégalomane, penserez-vous. Sauf que j'y crois humblement. Ambitieux, direz-vous. Mais comment faire autrement ?

Ceux qui me connaissent bien savent que je parle souvent de la médiocrité. Que je la combats, que je l'exècre par dessus-tout. Je n'ai jamais cherché la signification exacte de "médiocre", je m'en suis définis une. Médiocres sont ceux à mes yeux qui agissent à court terme, qui se contentent du moins pire par facilité, par compromission ou par individualisme.

Je vous en supplie, si je deviens médiocre, dites-le moi.

En conclusion, cette chanson interprétée par Claude Dubois, Le blues du businessman, dans laquelle j'espère ne jamais me retrouver.


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16 Commentaires:

Blogger comité-de-salut-public dit ...

Ah...c'est émouvant ce que tu écris, vraiment. En tout cas, moi, ça m'a touché. Il y'a cet accent de sincérité, de vérité qu'on atteint parfois dans une certaine mélancolie.
Tu admets ta vulnérabilité, et c'est un acte de vrai courage.Et je comprends et partage certaines choses,même si nos idées sont divergentes.
Mine de rien, tu met le doigt sur un des ressorts le plus puissant de l'engagement: l'affectif. La politique serait un choix raisonné et réfléchi, fruit d'une mûre réflexion? AHAH! Laissez moi rire! C'est une histoire de passion(s), de colères et d'espoirs, d'enthousiasme et de ridicule parfois, et ce quel que soit son camp.
Au fond, j'aimerais être aussi humaniste que toi: ton amour pour autrui est sincère, on le sent.Mon regard sur le monde est plus dur, plus froid. Mais peut-être qu'un excès de colère a cassé quelque chose en moi...je ne sais pas.Je n'aurai jamais ce respect de tous; mais ça, bon, c'est mon problème, qui n'en est pas tellement un pour moi, au fond.
Merci de ce témoignage. On gagnerait beaucoup à cette honnêteté, nous qui payons des cotises...
Affectueusement,
Thierry.

12 juin, 2007 21:40  
Blogger Lancelot dit ...

Merci pour ton commentaire mon Titi, ça me va droit au coeur !

Bises
L.

12 juin, 2007 21:50  
Blogger Antoine dit ...

Je me sens moins seul à parler de moi sur mon blog !^^
Et pour le reste comme CSP, j'aime bien ta sincérité...

13 juin, 2007 01:14  
Anonymous lomig dit ...

salut,
bravo pour ce billet très sincère et lucide. Tu dis vouloir rester fidèle à tes idées, plus qu'à un parti : bravo ! Mais on peut aller plus loin encore : sois fidèle de manière active, c'est à dire cherche à promouvoir tes idées plus qu'à les honorer (j'ai fait un billet là-dessus, y'a pas longtemps)...C'est ce qui compte : ne pas se figer sur des attitudes, mais toujours rechercher quelles actions vont permettre de favoriser nos idéaux. C'est pour ça que le PS est mort : il honore des idées sans chercher à les promouvoir !
a bientôt !

13 juin, 2007 07:50  
Blogger FalconHill dit ...

C'est bien que tu écrives sur ton blog ce que tu ressens des fois, et pas toujours ce que tu "penses". Des fois, laisser un peu le militant de coté pour faire parler non pas son ame politique, mais plus modestement son coeur, ça donne des chouettes trucs.

Je viens de lire ton texte : il est remarquable et touchant. Quelque part, je me retrouve assez bien dans quelques unes de tes phrases. Ou plutot je retrouve le Fabien que j'ai été y a quelques années. J'avoue qu'il me manque un petit peu, mais là je commence à parler de moi, c'est moins interressant.

Merci pour ton texte Luc. Ca valait le coup de se connecter à ton blog ce matin. Ca vaut souvent le coup, mais aujourd'hui, encire un peu plus.

PS : pour les coups de pieds au cul quand tu deviendras médiocre, pas de problème.

13 juin, 2007 09:19  
Anonymous ouinon dit ...

On ne se connait pas personnellement mais à peu de choses près (ta passion pour la chose politique et ton activité militante), j'aurai pu écrire exactement la même chose !

Et même si je ne m'y étais pas aussi reconnu, je pense que je l'aurais quand même très bon ce billet, chapeau ;-)

Sinon, concernant l’engagement, il y a aussi le milieu associatif. Moins médiatisé mais tellement efficace sur le terrain et encore préservé des manipulations d’opinions.

13 juin, 2007 09:41  
Blogger Lancelot dit ...

Merci à tous pour vos commentaires, également ceux reçus par mail, ça me touche beaucoup.

A l'avenir, je vais essayer de donner une touche plus personnelle à ce blog, si j'y arrive !

13 juin, 2007 13:35  
Blogger Dagrouik dit ...

Pourquoi écrire sur Embruns que tu n'étais pas en forme en écrivant ça ?

Evidemment Embruns a pris le morceau de ton texte qui le satisfait.

Tu es sincère et propulsé par ton dégout des inégalités et des injustices et ton intérêt pour les autres : c'est cela la Politique avec un grand "P".
Le militantisme politique peut enfermer et forcer le port d'oeillères, mais c'est de moins en moins le cas, et il est de plus en plus facile de résister au politiquement correct.

C'est dur, j'en ai fait et en fait encore l'expérience.
Le plus dur, c'est de se forcer à faire ce qu'on apprécie pas forcement par interet politique, ou tactique.

Continue comme ça : En ces temps bizarres nous avons besoin de confronter des idées sans oeillères ni dogmes pré-établis

CSP a trouvé la bonne formule : passion, colères, espoir...

13 juin, 2007 14:40  
Anonymous Anonyme dit ...

J'aurai pu écrire la même chose : adhérent PS, ayant voté MoDem déjà deux fois, farouchement opposé au bastringue européen, je n'ai vraiment ma place dans aucun de ces deux partis. Pourtant, qui si l'on a envie de faire avancer ce à quoi on croit ?

Le blog est un outil génial pour cela, une bonne façon d'échanger et de creuser ses idées sans être coupé parce qu'on a un peu piétiné tel ou tel tabou...

Continue en tout cas !

13 juin, 2007 15:03  
Blogger Lancelot dit ...

Dagrouik, mon texte a été écrit d'une seule traite, seulement à partir d'émotions. Et je n'étais d'une humeur particulière, ce qui explique cette mélancolie. Chose que je n'ai pas l'habitude de faire ici.

13 juin, 2007 15:21  
Anonymous edgar dit ...

Parti trop vite: l'anonyme c'est moi !

13 juin, 2007 16:19  
Anonymous Maxime dit ...

Sincérité et respect: les deux qualités pour être un militant. Et je constate sans étonnement que tu possèdes ces qualités... Toujours un plaisir de te lire, Luc.
A bientôt,
Maxime.

13 juin, 2007 18:05  
Anonymous jca dit ...

ta "lettre à moi-même" aurait pu être la mienne
ce que tu y dis me touche, peut-être est-ce la même chose qui agit en moi; en tout cas, c'est juste

14 juin, 2007 10:45  
Anonymous papito dit ...

très bien... très beau... bravo... cette lettre touche chacun d'entre nous je crois, elle nous parle au coeur, nous émeut... comme toute oeuvre artistique, elle exprime souvent très bien ce que nous avons du mal à dire avec nos mots... merci

14 juin, 2007 12:04  
Anonymous Farid dit ...

Pas mal ton histoire de petites boites... Moi c'est tout l'inverse je n'ai qu'une seule boite et je met tout dedans en vrac. C'est peut être aussi la garantie d'un engagement plein et entier. Mais le revers de la médaille c'est d'avoir une vie de famille grignotée par les autres "vies" et aussi sa vie professionnelle bien construite parfois chahutée par des crétins sans scrupule venant d'un monde que tu idéalise... celui de la politique.

A quelques exceptions près et une poignée de gars sympas je n'y ai rencontré que déception et dégoût là où j'aurais parié il y a quelques années l'inverse !

Du coup je ne sais même pas si je continuerais à faire de la politique.. du moins encore dans un parti politique...

Je crois qu'ils sont tous pourris et s'il ne le sont pas ils le deviennent tous parce que les individus le sont !

PS: pour la médiocrité je te rassure le jour ou tu le sera on ne pourra plus rien te dire puisque tu sera, élu du peuple ;-)

14 juin, 2007 12:50  
Anonymous FrédéricLN dit ...

Pas évident, Lancelot (et Farid) de vouloir à la fois "changer les choses" et "représenter les gens" comme ils sont aujourd'hui !

15 juin, 2007 16:10  

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