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28 août 2007

Impressions de campagne (I)

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Texte écrit par Florent Zanetti du blog ataraxosphere.

(Vous aussi, exprimez-vous, Ma vie en Narcisse vous ouvre ses portes)


La chaîne continue, à mon tour de faire part de mes impressions de campagne... (On me pardonnera les éventuelles entorses à la chronologie, c'est déjà loin tout ça).

Automne 2006, les primaires au PS :
Les choses s'accélèrent, la campagne commence vraiment... (même si pour certains elle a débuté il y a déjà quelques années... suivez mon regard). Grabuge chez les socialistes, c'est le bal des éléphants... quel parti consternant. Finalement, il reste Fabius, DSK et Ségolène Royal en lice... Pauvres militants (même si en face c'est encore pire, même pas de choix). Et ce parti espère vraiment éviter un nouveau 21 avril ?! Je rigole doucement... non en fait je ris jaune, la France et le monde n'ont vraiment pas besoin de ça, surtout pour ce quinquennat charnière qui s'annonce. Maigre consolation, si c'est une femme ça leur fera les pieds à ces vieux caciques. Mais ce n'est pas un programme, et malheureusement on dirait que ce sera pourtant son principal argument... Et voilà c'est elle qui est désignée, advienne que pourra... Sans doute le moins mauvais choix. Elle bouscule certaines habitudes et prône la démocratie participative, intéressant. Mais pas assez pour me convaincre, loin s'en faut.

Janvier 2007, investiture de Nicolas Sarkozy :
Inutile de m'étendre sur les événements qui ont mené à cette mascarade. Je reste néanmoins surpris par l'absence de réaction des chiraquiens et villepinistes, et attristé pour les militants UMP qui n'ont pas eu le choix... Bah, après tout ils ont l'air d'être contents, c'est leur affaire. Côté campagne, Sarko qui était déjà pas mal offensif je me demande ce qu'il va faire pour en rajouter une couche... Et je suis inquiet de la proximité avec les propriétaires des médias et des grandes entreprises. Comment croire à la neutralité de l'information et à l'impartialité de l'Etat dans ces conditions berlusconiesques ?

Hiver 2007, campagne médiatique affligeante :
Je ne m'étendrai pas trop non plus, on va me reprocher une agressivité haineuse... alors qu'il ne s'agit que d'un cri du coeur, une douleur insupportable...

Royal et Sarkozy, la course à l'image et à la petite phrase... Surenchère grotesque de slogans démagogiques, j'ai mal pour la France... La quasi-totalité de leur programme et de leurs propos ne valent rien, ce n'est que de la comm' et pourtant tout le monde a l'air d'apprécier... et dire que les journalistes, au lieu de rectifier le tir, amplifient tout ça. J'ai honte des personnalités politique de mon pays (mais ça ce n'est pas nouveau), mais j'ai encore plus honte des journalistes : aucune pédagogie (alors que ç'aurait été leur rôle d'expliquer le rôle d'un président et l'objet de son élection, vu que tout le monde semblait vouloir voter pour un premier ministre ou un super député), aucun esprit critique (alors qu'ils auraient pu démontrer l'ineptie des propositions, mettre les candidats devant leurs contradictions voire leurs mensonges), aucune analyse digne de ce nom (soit superficielles soit malhonnêtes et non objectives), on se contente de lire des dépêches AFP, c'est la course au scoop ou plutôt à celui ou celle qui sera le premier à répéter la nouvelle petite phrase, immédiatement reprise en boucle partout et toutes les dix minutes... Sans parler du déluge de sondages, qui sont à la fois mal réalisés et mal commentés (je ne comprends pas qu'il n'y aie pas de réglementation à ce sujet). Tout cela est vraiment consternant (seul Marianne semble émerger du lot). Non contents de nuire à la campagne par leur abyssale incompétence et mauvaise foi, voilà qu'en plus ils étouffent le pluralisme, réduisant l'enjeu de cette élection au match Royal-Sarkozy. Les autres candidats ne peuvent même pas s'exprimer, le peu de fois où ils ont la parole on les interroge sur telle ou telle petite phrase d'un UMP ou d'un PS et sur leurs accords avec le futur gagnant. Quel scandaleux déni de démocratie !! Je suis ulcéré par ce comportement indigne. Bayrou a eu bien raison de s'énerver à TF1. Cela n'est sans doute pas dénué d'arrière-pensée vis-à-vis de ses intérêts, mais qu'importe, il a raison sur le fond. D'ailleurs à une période il dépasse 22% dans certains sondages, je suis bien content.

Je ne sais pas encore si je vais voter pour lui mais ça me trottine dans la tête. Sa petite musique me plaît de plus en plus. Mais une de mes conditions c'est la prise en compte des enjeux environnementaux, on ne peut plus se permettre de tergiverser, il faut AGIR, vite et fort !! Or je ne l'entends pas s'exprimer sur ces sujets. Quoi de beau chez les autres ? Plein de filles, chouette, enfin (tiens, c'est surtout à gauche. zauraient pu faire un effort en face). Faudrait quand même qu'on y arrive, en France faut toujours qu'on fasse tout vingt ans après les autres... Mais bon ce n'est pas en soi un projet pour le pays et elle commence à me courir la socialiste à rabâcher cet argument qui n'en est pas un. Et pourquoi NS et elle s'évitent-ils à ce point ? Je m'informe sur internet, je remarque que les débatteurs sont souvent agressifs et usent d'arguments caducs quand ce n'est pas directement les slogans démagogiques de leur favori(te)... Tout ce que je lis ne m'avance pas à grand chose si ce n'est à augmenter mon dégoût et mon amertume de voir comme nous sommes encore loin d'une démocratie digne de ce nom...

Peu avant la date limite de dépôt des candidatures et des signatures, je suis toujours autant dans le brouillard et cette "campagne" m'écoeure de plus en plus. Où sont les débats ?? Les projets ?? Les idées ?? C'est affligeant. Et les médias qui continuent avec leur clivage indépassable droite-gauche... Pourquoi la délivrance de la carte de journaliste n'est-elle pas conditionnée à la possession de neurones ? Je vais finir par voter blanc si ça continue. Mais ça ne le fait pas. Faut au moins soutenir quelqu'un. Mais qui ? Les Verts ? Ils sombrent dans un gauchisme irréaliste qui ne mènera à rien (et puis avec le nombre effarant de candidatures antilibérales le score donc l'appréciation de la problématique environnementale seront dilués, sans parler de l'effet 21 avril qui les attendent). Corinne Lepage ? C'est la seule qui semble tenir la route, comme en 2002 (si seulement tous les candidats pouvaient être d'aussi bonne qualité...). Mais on a vu ce que ça donnait, malheureusement. Tiens, elle a évoqué la possibilité de rallier Bayrou, avec de bons arguments. Et si... Bon, on verra. Quelques jours plus tard, c'est fait. Et apparemment elle va faire bouger Bayrou et son programme sur les thèmes environnementaux. Voilà qui constitue une perspective digne d'intérêt. Car même sans être excédé par le jeu médiatique qui impose la binarité, je suis depuis longtemps convaincu de l'absolue nécessité du pluralisme pour la vie de la démocratie (qui veut faire croire qu'elle existe encore au USA ? les gens n'ont pour unique possibilité que celle de voter contre Bush quelles que soient les propositions des démocrates, je n'appelle pas ça une liberté de choix). Ca colle avec le discours de Bayrou. Et puis, on ne peut pas opposer une moitié de la France à l'autre à chaque élection, ça ne rime à rien. En fait sans en avoir conscience j'étais déjà centriste ! Mais je n'avais personne pour qui voter, l'UDF n'étant qu'un parti godillot du RPR, une mascarade destinée à capter des voix et assurer une majorité à la droite. Nul doute que des militants et quelques élus soient sincères dans leur engagement, mais les faits parlent d'eux-mêmes, tant au niveau local que national, depuis des années. Mais je m'égare, ce n'est pas le lieu de ce débat.

Avril 2007 :
C'est quasiment sûr, je vais voter pour Bayrou. C'est indispensable pour la démocratie (troisième voix = pluralisme ; troisième voie, le centre = l'objectivité débarrassée des réflexes idéologiques pavloviens de la droite et de la gauche, dans l'intérêt du pays), c'est acceptable puisqu'il a pris en compte les propositions de Corinne Lepage pour l'environnement... et c'est sans doute le seul rempart contre Sarkozy qui est de plus en plus inquiétant. Ce que je lis dans Marianne ne fait que confirmer mes craintes et mes espoirs.

Je suis interloqué par des lacunes scandaleuses de la loi :
- la campagne est ridiculement courte (deux semaines), comment veut-on que les candidats débattent et fassent passer leurs idées ?! d'ailleurs aucun débat n'est imposé, je ne trouve pas ça normal ;
- les mensonges s'accumulent, provenant des politiciens comme des journalistes, qui ne rectifient jamais rien : il n'y a pas de code de conduite ou de conseil de l'ordre dans cette profession ?? ;
- les sondages continuent de plus belle, c'est insupportable et nuisible ;
- les infâmes machines à voter qui s'installent insidieusement et antidémocratiquement...

22 avril 2007 :
Je vais voter à Bourg-en-Bresse dans l'Ain où je suis retourné exprès. Une fois la petite enveloppe mise dans l'urne, je pars herboriser dans le Revermont avec un ami, il faut absolument que je me change les idées sinon je ne tiendrai pas jusqu'au soir. Malgré ma passion pour la botanique ça ne m'empêche pas d'avoir ventre noué. Mais je pense que ç'aurait été bien pire si j'étais resté enfermé dans l'appartement.

Je rentre peu après 19h, je n'ose pas aller regarder sur internet, je préfère attendre les résultats officiels. Allez je mets France 2. Je n'aime pas du tout le sourire en coin de Pujadas. Les dernières minutes sont un vrai supplice, je trépigne, j'ai un gros noeud à la place de l'estomac, je commence à avoir la vue qui se trouble. Cette échéance est tellement importante, vis-à-vis du passé (après le traumatisme de 2002 juste avant mes 20 ans – comme signe de la nation à sa jeunesse on a vu mieux...) et encore plus de l'avenir...

20h : un cri de déception s'éteint dans ma gorge serrée, j'ai le vertige et je vacille, je n'arrive pas à y croire, je ne VEUX PAS le croire. Pourvu que les scores des grandes villes changent la donne. J'ai envie de partir, loin, le plus loin possible de ce pays qu'en cet instant je ne comprends pas et que je méprise (comment peut-on être aussi manipulable et irréfléchi ?!). Je vais me faire naturaliser en Nouvelle-Zélande. En plus c'est plié c'est Sarkozy qui va passer. Il y a du souci à se faire...

A cette brève réaction de rejet succèdent de maigres consolations :
- le score de Bayrou est important (même si je ne me fais pas d'illusions, il repose en partie sur le rejet de leur candidat(e) par les électeurs du PS et de l'UMP ; et l'écart est trop important, c'est fichu pour rattraper le retard avec les grandes villes),
- la participation est assez importante (mais pas encore suffisante, comment peut-on se réjouir lorsque plus d'un Français sur six s'abstient ???),
- le FN est affaibli (mais absolument pas rayé de la carte comme on essaye de nous le faire croire, Sarkozy a juste siphonné un million de voix, et à quel prix... car c'est lui est allé à eux et non eux qui sont revenus à lui).
Pour ajouter à l'amertume, déjà abyssale, les autres partis se partagent des miettes (le vote utile a joué à plein pour Royal pour éviter le même fiasco qu'en 2002), les médias vont se gargariser et leur répéter pendant des mois : "vous ne représentez rien alors maintenant on ne va même plus feindre d'écouter vos jérémiades". Et je n'ose penser à ce qui nous attend au niveau des sondages...

21h-21h30 (je ne sais plus) : François Bayrou arrive enfin, la vidéo parle d'elle-même. C'est un moment extrêmement fort. Je ne sais plus si je dois ravaler mes larmes (il me console et m'apaise) ou les laisser couler, d'émotion : non seulement il est bien au-dessus des deux taches qui vont au second tour, mais même dans l'absolu il répond à ce que j'attends d'un président, ainsi donc s'il restait un doute le voici levé, il a vraiment l'étoffe pour la fonction (*). C'est lui que je veux voir présider mon pays, et pas seulement parce que les deux autres en sont incapables. Je vais voter pour lui au second tour. (* Mais du coup la situation n'en est que plus tragique...).

Je regarde les interventions des différentes personnalités, mais le goût n'y est plus. Je remarque Jean-Marie Cavada, admirable. Quelques autres aussi, malheureusement beaucoup moins estimables comme l'avenir le montrera. Côté UMP et PS c'est toujours aussi consternant, pour ne pas dire méprisable. A les observer entre suffisance narquoise et gourmands appels du pied, on atteint des sommets d'écoeurement. Je finis par aller me coucher, mais je ne fermerai pas l'oeil de la nuit. Cela n'ira pas en s'arrangeant. Tant d'espoirs brisés, pour la seconde fois... Aux prochaines présidentielles j'aurai trente ans, rien que d'y penser j'en suis malade.

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