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28 août 2007

Impressions de campagne (II)

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La suite du texte écrit par Florent Zanetti du blog ataraxosphere.

(Vous aussi, exprimez-vous, Ma vie en Narcisse vous ouvre ses portes)


Entre deux tours :
Le lendemain je prends le TGV à 7h et je rentre à Paris retrouver mon labo et ma thèse. Impossible de me concentrer sur mon travail, je n'ai plus goût à rien. Ni même appétit ni sommeil. Et toujours cette boule dans la gorge, et toujours ce noeud à la place de l'estomac. Ici et là je lis des réactions de tristesse, je découvre le slogan "ni gourde ni gourdin" que je fais aussitôt mien et dont j'abreuve mes contacts msn. Je visionne en boucle l'intervention de François Bayrou sur le net, son calme, sa maîtrise de soi et ses paroles empreintes de sagesse m'aident à me contrôler, un peu... Je me demande comment il fait pour tenir le coup, pour tenir si bien. Je ne pensais pas être si émotif.

Je rends les médias en grande partie responsables de cette situation déplorable, pour toutes sortes de raisons que j'ai évoquées. A quelques exceptions près ils n'ont pas joué leur rôle et devraient avoir honte et être sanctionnés.
Je découvre une interview de Nicolas sur lemonde.fr (site que je continue à fréquenter malgré le coup de poignard du vendredi) où il exprime des sentiments semblables aux miens mais semble bien mieux faire face. Il parle de son blog, je pianote et le trouve rapidement. Je prends contact avec lui et il m'informe de l'existence des soirées de Quitterie. C'est décidé, moi l'électron libre qui ne s'est jamais reconnu dans un parti ni dans aucun test de positionnement, je vais m'engager en politique, aux côtés de François Bayrou dans ce Mouvement Orange. On ne peut pas laisser la situation comme ça. C'est ainsi que je suis allé aux soirées de Quitterie et que j'ai intégré le groupe MoDem 4.0 avec beaucoup d'espoir.

J'ai annulé mes billets de TGV pour le second tour. Je ne vais pas gaspiller d'argent. J'ai envie de voter Bayrou, ou orange, ou blanc. Les discussions vont bon train sur le net à ce sujet.

François Bayrou : "Je ne sais pas encore ce que je vais faire, mais je commence à savoir ce que je ne ferai pas."
Selon moi c'était la limite à ne pas dépasser. Très bien dit, et il ne pouvait pas aller plus loin sans se compromettre et décrédibiliser son discours.

François Bayrou : "Je ne voterai pas Nicolas Sarkozy."
Selon certains c'était une erreur, pour d'autres c'était indispensable notamment pour bien marquer son émancipation de la droite. Ca se discute, mais je pense tout de même qu'il a flirté avec certaines limites et les a probablement dépassées.
En tous cas, ce fut le prétexte idéal pour les courageux "à plat ventristes" du PSLE-NC.

Le débat Bayrou-Royal :
Une évidence, et Sarkozy aurait dû accepter d'en faire un aussi. On aurait cependant aimé que ces trois débats aient lieu avant le premier tour !! Ce devrait être obligatoire. De même que les deux candidats qualifiés pour le second tour devraient débattre plusieurs fois durant les deux semaines (avec au moins un droit de réponse), si possible en segmentant les rencontres par thèmes... Il paraît que Royal le souhaitait.

Après le débat Royal-Sarkozy :
Quelle mascarade. Et ces nazes prétendent à la "fonction suprême" ?! Ridicule... et effrayant. Non contents d'être incompétents, ils enchaînent avec aplomb des pseudo-arguments démagogiques qu'un enfant pourrait démonter. C'est tellement gros que je n'en reviens pas. Et les deux figurants, (oups journalistes – euh, non, désolé, pour moi ce ne sont que des animateurs... et encore, ils n'ont pas été fichus d'en placer une) qui ne rectifient rien, ni sur la forme ni sur le fond... C'en devient caricatural. Mais non c'est la réalité, c'est même censé être "le must". Je me demande comment j'ai fait pour tout regarder. La curiosité sans doute. Royal a très mal démarré mais elle a limité la casse finalement. Sa petite crise était sans doute préparée, mais au moins le thème le méritait-il (même si on peut regretter l'instrumentalisation de tels sujets). Chapeau à Sarkozy, là il m'a bluffé, comment a-t-il pu rester aussi calme ?!?!?!? Il lui ont fait prendre quelque chose avant, je parierais gros là-dessus. Cet aspect spectacle ne doit pas faire oublier l'un des éléments le plus graves : les vrais thèmes n'ont quasiment pas été abordés. Car bien évidemment ce qu'on attend d'un président ce ne sont pas les détails d'une politique économique, mais ses positions au niveau international (puisqu'il représente la Nation). Or, ces thèmes ont été bâclés en quelques minutes en fin d'émission. Quasiment rien sur l'Europe alors que cela aurait dû occuper le tiers du débat, ils m'ont achevé.
Une piètre prestation, donc, qui ne restera pas dans les annales (ou alors, des séquences pour les bêtisiers de fin d'année, uniquement à propos de la forme). Pauvre France...

Après le départ des députés UDF pour le PSLE-NC :
C'est vraiment bizarre, ils ont suivi Bayrou depuis si longtemps... Et certains avaient l'air si sincères... En plus, ils sauvent leur siège pour ce quinquennat, mais c'est très probablement fichu pour eux pour le suivant... Je suis perplexe. Un chantage de l'UMP ? Probable pour Santini, mais les autres ? En tous cas c'est vraiment un sale coup envers Bayrou. Lui qui a déjà tant souffert... Raison de plus pour moi d'aller grossir les troupes des sympathisants qui veulent soutenir son Mouvement Orange.

6 mai 2007 :
Je suis resté à Paris. Je suis profondément dégoûté. J'ai envie de voter Bayrou, ou orange, ou blanc. J'ai fait une procuration, au cas où... Car Marianne ne m'incite pas à laisser passer Sarkozy. Et puis, sait-on jamais, Royal mettra peut-être en application la démocratie participative... De toute façon, in fine je ne sais pas l'usage qui en sera fait. Et quelle importance, c'est joué d'avance.

Je passe la journée dans le brouillard (ma fatigue et ma sous-alimentation depuis deux semaines n'arrangent rien). Je décide de rejoindre Frédéric à Aubervilliers (93) pour la soirée. Le résultat est annoncé, sans grande surprise. Royal a limité la casse mais n'atteint même pas 47%. Sarkozy ne se sent plus, et ce n'est que le début. Pauvre France... La soirée électorale télévisée est encore plus minable que la précédente. Nous délaissons les "grandes" chaînes pour regarder TLM, une chaîne lyonnaise. On y retrouve un peu de débat sur le fond avec des personnalités locales, même si ce n'est pas transcendant.
Je rentre chez moi en traînant des pieds. En tous cas dehors ce n'est pas le deuxième acte des émeutes de 2005 comme certains avaient voulu le faire croire.
J'attends beaucoup des législatives, d'ailleurs c'est une élection bien plus importante, c'est d'elle que sortiront le gouvernement et les lois pendant cinq ans. Je suis très préoccupé par cette conception monarchiste de la présidence qui prévaut dans les médias... et au-delà.

Mai 2007 : Sarkozy accède au pouvoir
Ne me dites pas que cette pseudo-ouverture est crédible pour certains... Enfin, au moins ça permet que les loups sortent du bois, comme on dit...
Leroy se retrouve sans rien, et nul doute que Morin sautera bien avant la fin du quinquennat.
Je suis scandalisé par le nombre de personnes qui composent le gouvernement (je ne sais pas s'il y a tout le monde à ce moment-là, mais je l'écris maintenant en août : certes il y a moins de ministres, mais avec les conseillers et le reste, on atteint un nombre stupéfiant, que j'ai oublié mais qui a trois chiffres).
On saluera tout de même le rajeunissement et la diversité de l'équipe gouvernementale. Et surtout, notre inénarrable Roselyyyyyneuh !!!
Le 24 mai, malgré une actualité professionnelle chargée (mon premier congrès scientifique), je me rends vêtu d'orange au Zénith pour voir et soutenir François Bayrou, Corinne Lepage et tous les autres, mon premier meeting politique ! J'en garde un très bon souvenir malgré la chaleur étouffante. Une semaine riche en émotions !

Après le premier tour des législatives :
Je suis encore allé voter dans l'Ain, avec plus de désabusement que d'espoir... mais quand même. De toute façon dans ce département les élus UMP sont confortablement installés et le pire affront qu'on puisse leur faire c'est de les contraindre à un second tour (les pauvres).
Le soir, j'attends avec impatience les résultats. Je suis assez déçu par les 8% du MoDem (même si à la réflexion ce n'est pas si mal), et surtout par la quasi-absence de triangulaires. Sans elles ni groupe parlementaire, notre poids est considérablement réduit...
La faible participation (à peine plus d'un Français sur deux) me consterne. Et dire que c'était l'élection la plus importante de toutes... Je vais à nouveau sombrer dans l'écoeurement.
Pour le pourcentage on ne pouvait sans doute pas s'attendre à beaucoup plus du fait de l'électorat de Bayrou aux présidentielles (des PS et des UMP retournés au bercail, des électrons libres qui sont retournés à l'abstention, etc). Mais 10% ne semblaient pas hors d'atteinte. D'ailleurs les scores à deux chiffres dans les grandes villes me réconfortent un peu, même si je suis triste pour Anne-Marie Comparini à Lyon et Marielle de Sarnez à Paris, éliminées dès le premier tout malgré plus de 17% des voix. François Bayrou va se retrouver bien seul à l'Assemblée...

En tous cas espérons qu'il tire les leçons de l'organisation déplorable de ces élections législatives. Je sais bien que tout a dû se faire dans l'urgence et avec peu de moyens et de personnes (sans parler du départ des PSLE-NC et des infâmes manoeuvres de Lagarde dans le 93), mais certaines choses furent intolérables et très décevantes (il ne s'agit pas que de l'affaire Quitterie).
Bon, la mascarade continue, on risque de se retrouver avec plus de 450 députés UMP, c'est du délire ! D'un côté, tant mieux puisqu'il paraît que c'est difficile à gérer pour le président et aussi puisque ça permettrait au PS de se remettre vraiment en cause (au lieu de s'enliser toujours plus avec leurs ineptes jérémiades de l'entre deux tours, "élisez-nous pour qu'on vous protèèèèègeuh") et, si possible, d'exploser enfin. D'un autre côté, Sarkozy aurait les moyens de faire passer des réformes constitutionnelles et ça c'est très inquiétant.
Côté mascarade, certaines situations valent leur pesant de cacahuètes. J'en avais repéré plusieurs, je ne me souviens que de la circonscription de DSK... avis aux amateurs =D
Même histoire que pour les présidentielles : TGV annulé, procuration pour la forme (de toute façon c'est joué d'avance), ça ne m'intéresse pas.

Après le deuxième tour des législatives :
Mi-figue, mi-raisin.
Je suis content que nous ayions finalement 4 députés de même que les Verts, qu'il y ait une certaine pluralité à l'Assemblée. Triste pour Jean-Marie Cavada, mais comme Marielle de Sarnez il pourra porter notre voix au Parlement Européen.
Le raz-de-marée UMP a été contenu (démobilisation ? TVA sociale ? manoeuvre pour virer Juppé et pour s'assurer une majorité gérable ?). De jolis camouflets contre d'anciens membres de gouvernement, malheureusement d'autres sont toujours là.
Les PSLE-NC constituent un groupe, c'est vraiment une honte pour la démocratie. Mais à ce moment j'ignore encore leurs problèmes à venir, hi hi hi ...
Je suis mécontent que le PS obtienne autant de députés (surtout certains...). Il n'est pas près de se remettre en question. Et il va fanfaronner sur ses "bons" résultats, s'attribuant comme toujours des succès immérités qui ne visaient qu'à sanctionner le camp d'en face (cf. ce que je disais sur la pseudo-démocratie aux USA...).
La mascarade peut donc continuer...

Juillet-août 2007 :
Le groupe MoDem 4.0 est créé et ses principaux cyber-outils fonctionnent, j'espère qu'il en sortira quelque chose... Mais il faudrait s'atteler à la tâche sans plus tarder. Plus globalement les discussions sur le MoDem vont bon train sur la toile même si elles commencent à tourner en rond. Comme Marie-Laure je regrette que cet été n'ait pas été mis à profit pour plus d'actions de terrain, entre militants et en direction de la population. J'espère également que nos craintes concernant les Assises de Seignosse se révèleront infondées (au passage j'ai retrouvé mon esprit critique vis-à-vis de Bayrou, j'attends toujours beaucoup de lui mais je reste vigilant et plus exigeant que jamais). Malgré le découragement qui guette dans la communauté, nous ne manquons pas de bonne volonté et nous plaçons beaucoup d'espoirs dans ce nouveau Mouvement Démocrate.

Je reprendrai la conclusion de MIP. La mobilisation citoyenne persiste : nous avons un mouvement à créer, des erreurs à éviter, de nouvelles personnalités démocrates de qualité à faire émerger, une ligne politique à définir, en gros, on a du boulot !

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