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02 août 2007

Le sang d'une nuit d'été - L'inquiètude

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« Le sang d'une nuit d'été »

Chapitre 2 : L'inquiètude

Le samedi au réveil, Jean-Philippe était courbaturé. De légers nuages avait pris possession du ciel, rendant l'air plus respirable. Il décida donc d'occuper sa matinée à l'entretien de son grand jardin. Les rosiers furent taillées. Puis il s'occupa de la tonte de la pelouse. Il arracha ensuite des herbes sauvages de son potager. Puis ramassa des tomates et haricots pour son repas du midi. Il en garda également une grosse poignée pour sa voisine Rose.

Tous ces travaux manuels l'arrassaient et l'ennuyaient. Après son déjeûner, Jean-Philippe s'endormit pour une courte sieste, dans son fauteuil installé sur la terrasse. Ce fut Micheline qui le tira de ses songes, grognant une nouvelle fois d'un ton qu'il ne lui connaissait pas.

Jean-Philippe décida d'aller porter les haricots à Rose. La vieille femme habitait le village depuis des décennies. Elle était arrivée seule juste après la guerre. Rose n'autorisait l'entrée de sa maison qu'à lui seul. Aucun autre habitant du hameau ne l'appréciait. Une semaine après son arrivée, Jean-Philippe avait surpris Rose en arrêt devant sa maison, alors qu'il écoutait un vieux disque d'Elvis Presley. Une larme coulait sur le visage de la vieille femme. Il lui avait alors proposé de boire un thé.

Depuis, elle s'invitait régulièrement et lui offrait des boîtes d'un thé anglais traditionnel introuvable. Jamais elle n'avait parlé de son histoire. Jean-Philippe se satisfaisait de cette amitié silencieuse. Ils aimaient contempler ensemble l'horizon en écoutant des vieux tubes de rock des années 50. Parfois même ils se surprenaient à danser ensemble pieds nus dans le jardin.

Fréquemment donc, Jean-Phillipe offrait à sa voisine quelques fruits ou légumes de son jardin. Alors elle le faisait entrer dans sa maison. La décoration semblait ne pas avoir bougée depuis fort longtemps. Une fois seulement, il était monté à l'étage lui faire une menue bricole dont il ne se souvenait pas. Il avait aperçu alors la chambre à coucher de Rose. De nombreux cadres posés offrait au regard des dizaines de vieux clichés d'un homme en habit militaire. Rose avait observé l'étonnement de Jean-Philippe, et lui en retour s'était tu.

Jean-Philippe trouva porte close. Rose pourtant ne s'absentait jamais. Micheline grognait, grattait contre la porte d'entrée. Jean-Philippe s'en inquièta, mais rentra avec les haricots et sa chienne. Il repensa à sa femme décédée. Francesca avait été renversée par un chauffard ivre, en rentrant à vélo en pleine nuit de son lieu de travail (son emploi d'anesthésiste l'obligeait à des gardes nocturnes). Son coma dura près de deux semaines. Il s'en voulait de ne pas l'avoir accompagnée ce soir-là en voiture, comme il le faisait de temps à autre.

Six mois après le décès de sa mère, Cécile juste diplômée emmenageait dans un grand loft à Paris.

Jean-Philippe s'enferma sur lui-même.

La compagnie de Rose lui manquait. Et il retrouva son visage ravagé de tics d'inquiètudes, le même que durant le coma de son épouse. Il ne pouvait s'empêcher de revoir les yeux fermés de Francesca dans son cercueil.

C'est le moment que choisit Cécile pour appeler son père. A son habitude l'échange fut bref. Elle croulait sous le travail. Son entreprise lui proposait une promotion pour diriger le département juridique de la filiale américaine. Jean-Philippe lui fit part de son trouble, de l'absence de sa voisine. Cécila tenta de le rassurer, supposant un probable rendez-vous chez le médecin.

Rien n'y fit. Jean-Philippe ressassait ses noirs souvenirs. Rose lui manquait. Francesca lui manquait. La solitude lui pesait. L'angoisse le submergeait. Il avala un somnifère pour oublier.
(A suivre ...)

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