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18 septembre 2007

Le Parisien, journal de droite (sarkozyste)

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Aujourd'hui dans le journal Le Parisien, vous pouvez lire sur trois pages de la publicité gratuite pour Rachida Dati, la ministre de la Justice. Le quotidien annonce en fait un face-à-face entre Rachida Dati et les lecteurs. Autant dire : rien qui fâche n'est abordé. C'est la nouvelle mode désormais : les journalistes semblent être incapables de faire leur travail semble-t-il, alors on amène huit lecteurs et on leur fait poser des questions à un homme ou une femme politique.

Je ne souhaite pas entrer sur le fond du débat, vous lirez vous-même les réponses de Mme Dati aux lecteurs. Mais revenons plutôt sur la façon dont tout cela nous est présenté. Dès la une du journal, la couleur est annoncé : "Face à un panel de lecteurs de notre journal, la garde des Sceaux se livre avec sincérité". Peu m'importe (ou presque) l'utilisation de mots à tendance émotive. J'ai tilté sur le mot "panel". Une petite déformation due à ma formation en statistiques. Page 2, on remet ça dans l'encart de présentation : "Deux heures plus tard, comme en témoignent les réactions des membres de notre panel, elle a conquis tous ceux qui lui faisaient face". Traduisez : qui que vous soyez, Rachida Dati vous plaira et vous convaincra, c'est le "panel" qui le dit.

Alors on regarde un peu plus bas, et l'on voit de qui se constitue ce fameux panel tant mis en avant. Huit lecteurs du Parisien : quatre hommes et quatre femmes. Bien, on se dit que le panel est représentatif, forcément, vu qu'il y a moitié d'hommes et de femmes, c'est-à-dire peu ou prou à l'image de la France. Peu importe de savoir si le journal Le Parisien est plus lu par les hommes ou par les femmes : Le Parisien doit penser que son journal est à l'image de la France.

Car disons-le une bonne fois pour toute, un panel est un échantillon représentatif d'une population. En l'occurrence ici la population est celle des lecteurs du journal. J'imagine bien évidemment que Le Parisien aura fait une analyse très approfondie pour connaître les origines géographiques, les classes socio-professionnelles, les tranches d'âge qui constituent sont lectorat. En fait, j'en doute très sérieusement. Mais passons. Le problème est que huit personnes, statistiquement parlant, ne peuvent et ne seront jamais représentatives d'une quelconque population. L'échantillon est bien trop faible pour ce faire. Autrement dit : Le Parisien se fout de votre gueule ! Cela dit, j'imagine que les commanditaires de ce face-à-face s'en moquent totalement : leur but semble assurément de faire de la bonne communication pour une ministre actuellement malmenée.

Par ailleurs, regardons un peu le profil des membres du panel. Presque tous cadre ou de professions intellectuelles supérieures : un consultant, un responsable évènementiel, une courtière, une cadre, un conseiller en immobilier. Pour les autres : une demandeuse d'emploi, un retraité et une étudiante. Vous observerez que les "simples" employés ou les ouvriers n'ont pas le droit à la parole.

Le pire de ce "dialogue" entre ces 8 lecteurs et la ministre de la Justice ? Les réactions de cesdits lecteurs. Savourez. Véronique Pinasseau : "Je suis totalement séduite par le personnage". Pariza Messaoudene : "Elle est super sympa. Rachida Dati est très compréhensible". Marc-Antoine Coron : "Elle a l'air sympathique". Hayet Chelouah : "J'ai beaucoup de respect pour elle". Hervé Baude : "Elle est accessible, ouverte, et c'est une battante". Bernard Morin : "Elle est très avenante, très à l'écoute des gens". Marie-Amélie Goguel : "Elle est très souriante, très agréable". Emmanuel De Leusse : "Elle n'a pas le travers des autres politiques : son parler n'est pas trop surfait".

Conclusion : vous êtes au gouvernement et vous voulez de la pub gratuite ? Demandez un débat avec huit lecteurs du Parisien. Le Parisien vous offrira sur un plateau ses colonnes et ses 500000 lecteurs.

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10 Commentaires:

Anonymous le chafouin dit ...

Mon commentaire n'apporte sans doute rien d'intéressant, je voulais juste dire que j'étais totalement d'accord avec toi!
Il faudrait vraiment s'interroger sur le journalisme. Sur les propriétaires, les concentrations. Belle idée de billet, ma foi.

18 septembre, 2007 21:34  
Blogger Jean-Claude Mathon dit ...

L'idée d'utiliser des lecteurs face à un intervenant n'est pas propre au Parisien. A titre purement d'exemple, La Provence fait de même, comme la plupart des grands journaux.

Concernant le Parisien plus particluièrement, ce qui est interessant,ce n'est pas "le dit" mais "le non dit", et surtout quelques phrases assassines qui trainent en fin d'article politique et qui contredise l'article entier. Dans compter quelques brêves politiques des plus intéressantes, les dernières end ate concernant ... le cabinet de Rachida Dati.

Plus sérieusement, il y a quelques mois, François Bayrou est passé devant ce même panel du Parisien. Quel a été ton analyse à ce moment là ? Etait-ce aussi du léche-botte ?

Ceci dit, il est vrai qu'un panel de lecteurs face à un intervenant politique ne sera jamais bon et ne sera qu'un coup de brillant sur un homme politique. (Conférer les fameuses émissions de TF1 animées par PPDA)

Jean-Claude Mathon
UDF - Modem / Vitrolles
email : j-c.mathon@wanadoo.fr
blog : http://mathon.blogspot.com/
site : http://perso.orange.fr/mathon/
hoaxblog : http://politihoax.blogspot.com/

18 septembre, 2007 21:53  
Blogger Lancelot dit ...

Le Chafouin >> ah oui, tiens, j'ai oublié de dire que Le Parisien était propriété du groupe Amaury.


JC Mathon >> Je n'ai pas lu le passage de Bayrou sur Le Parisien. Mais, rassure-toi (ou pas), je garde absolument la même opinion sur les panels !

18 septembre, 2007 22:12  
Anonymous Alex dit ...

J'ai lu l'interview aujourd'hui dans le métro et j'ai eu le même sentiment que toi. Perso, je passe beaucoup de mon temps sur la presse étrangère maintenant, j'y apprend énormément de chose...

http://notregeneration.com

18 septembre, 2007 22:21  
Anonymous Nicolas dit ...

Le Parisien "journal de droite"...? Nan, tu déconnes...

19 septembre, 2007 08:47  
Anonymous Julia O'Brien dit ...

J'adore les reflexions sur la competence du ministre administres par les hommes et femmes de bon sens du "panel". Ca ressemble aux comites populaires d'evaluation imagine par Segolene Royale... Pourquoi ne pas plutot poser la question aux ex-membres du cabinet du ministre qui ont demissione avec fracas dans les 3 mois qui ont suivis la nomination de Dati?

19 septembre, 2007 09:03  
Anonymous mry dit ...

le problème avec les blogs est que rapidement le lectorat ressemble à celui/celle qui écrit...compliqué de faire avancer le schmilblick...

19 septembre, 2007 09:22  
Blogger FalconHill dit ...

N'y eut il pas aussi la même chose avec Delanoé y a quelques temps ?

Bonne journée

19 septembre, 2007 10:51  
Blogger gathiva dit ...

Oui, la démocratie participative, un fourre-tout, une belle illusion. La complexité des situations réduite à des impressions lapidaires de quelques individus. La confusion des genres, entre statistiques et émotions interpersonnelles. Indéniablement, les effets induits de la télécratie sont dévastateurs. Il suffit sans doute pour s'en convaincre de se repasser le film du mauvais casting de notre dernière élection présidentielle...

19 septembre, 2007 14:02  
Anonymous Antoine KOWALSKI dit ...

Intéressez vous de plus près au PARCOURS de Rachida Dati. Comment elle est entrée à l'ENM, comment se sont passés ses stages et ses premières affectations...bref la vraie Rachida Dati. Celle dont la vie ne colle pas avec l'image de modèle républicain que les médias nationaux lui font la bouche en coeur...Le parisien n'y échappe évidemment pas.

Pour ce qui est des panels. je suis contre. Pourquoi? cela tend à faire du citoyen un jury populaire permanent. C'est la dictature du bon sens. Le règne des questions particulières quand le politique se doit d'avoir le sens du général.

Qui plus est ce procédé est là pour attester de "l'honnêteté" de l'échange puisque l'on soupçonne les journalistes d'accointances avec le milieu politique. Le citoyen brut de décoffrage lui, est forcément (et férocement) honnête...C'est bien connu...

Je pense donc que cette façon de faire abaisse le politique et nuit profondément au travail des journalistes et à leur image.

Mais bon ce n'est pas près de changer vu que les audiences du Parisien-Aujourd'hui en France sont au beau fixe avec ce genre de procédés douteux...

22 septembre, 2007 18:29  

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