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28 décembre 2007

La France doit-elle accueillir les guérilleros FARC ?

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La note du camarade versac me donne l'envie de rebondir sur le deal proposé par François Fillon : libération des otages détenus par les FARC en Colombie contre l'accueil des guérilleros détenus dans les prisons colombiennes. Avant de parler du fond, une petite remarque sur la forme.

A la question d'un journaliste lors de l'émission sur Europe 1, RFI et TV5 Monde du 19 Décembre, le Premier Ministre répond ceci : "Le président Uribe m’a indiqué qu’il souhaitait que la France puisse les accueillir. La France a indiqué qu’elle était disponible avec d’autres pays européens et d’autres pays d’Amérique latine pour le faire". La question cependant était celle-ci : "Un des aspects de cette négociation est la libération des 500 prisonniers des FARC. Où iront-ils s’ils sont libérés ? Est-ce que vous avez contacté d’autres gouvernements pour accueillir ces prisonniers ?". Et là le comique atteint son comble. Relisez bien la question. Elle est bien mal formulée, le journaliste parle de "la libération des 500 prisonniers des FARC", autrement dit des otages (dont Ingrid Betancourt fait partie) retenus par l'armée du peuple, et non des prisonniers preneurs d'otages emprisonnés par le gouvernement d'Uribe. Autrement dit, si l'on s'en tient à la stricte réponse de François Fillon, le gouvernement français se déclare prêt à accueillir les otages détenus par les FARC dans la forêt colombienne. Amusant.

Au-delà de cette petite remarque, le problème se veut le suivant : la France peut-elle, doit-elle, négocier avec les FARC ? Rappelons que les forces armées révolutionnaires de Colombie ont commis des milliers d'assassinats, se sont servis de plusieurs centaines de personnes prises en otages comme monnaie d'échange, et que le groupe continue ses activités terroristes et de trafic de drogue. La France se déclare donc prête à "accueillir" des terroristes, appelons-les par leur nom.

Premier problème. Une question. A partir de combien d'otages libérés, cet échange peut-il avoir lieu ? Je crains malheureusement que les projecteurs ne soient braqués que sur un symbole : Ingrid Betancourt. Et le risque est fort que les autres otages tombent dans l'oubli une fois le symbole libéré. Alors, est-il préférable que deux otages anonymes soient libérés, ou qu'Ingrid Betancourt retrouve sa famille ? Cet accueil proposé par la France tiendra-t-il toujours si les FARC proposent la libération de centaines d'otages (ce qui serait une belle avancée), mais qu'Ingrid Betancourt ne fasse pas partie des personnes libérées ?

Seconde question. Cet échange permettra-t-il de résoudre le fond du problème ? Car les FARC ont des exigences. Et leurs exigences ne se limitent pas à la libération, à l'exil, de leurs prisonniers. Alors, quid des autres points de divergence entre les guérilleros et les autorités colombiennes ? N'est-il pas préférable d'instaurer un vrai dialogue, d'imposer des négociations bipartites ?

Enfin, dernier problème, et cela est purement franco-français. La France peut-elle accueillir des terroristes ? Ceux que cela choque, et je peux aisément le comprendre, oublient probablement la "doctrine Mitterrand" : le président socialiste, durant les années 80, donnait la garantie aux membres des Brigades Rouges de ne pas être extradé vers l'Italie si ils se refugiaient en France. Le groupe terroriste italient d'extrême gauche avait vu plusieurs de ses éminents membres émigrer dans notre pays, ce qui contribuait en partie à un apaisement en Italie.

Certes chaque situation est unique, les FARC ne sont pas les Brigades Rouges, mais là Nicolas Sarkozy devient totalement contradictoire. Souvenez-vous : alors ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy avait confirmé la collaboration de la police française lors de l'arrestation de Cesare Battisti, justement ancien activiste italien ayant justement bénéficié de la "doctrine Mitterrand". Double discours du président français. Du populisme, accueillir des terroristes colombiens en activité d'un côté, faire arrêter un terroriste italien repenti de l'autre. Sauf qu'Ingrid Betancourt n'a pu sauver la tête de Battisti. Au delà de cela, rien n'empêchera un prochain gouvernement français de faire arrêter des membres des FARC exilés en France, si la proposition de François Fillon se concrétisait.

Accueillir les FARC en France ? Une proposition donc démagogique. Celle d'un gouvernement souhaitant obtenir à tout prix la libération d'Ingrid Betancourt. Quel qu'en soit le prix, peu importe la situation locale en Colombie, peu importe les conséquences. Seule importe une nouvelle opération de communication pour présenter Nicolas Sarkozy comme le grand libérateur des faibles et opprimés.

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5 Commentaires:

Blogger Dagrouik dit ...

La droite adore les libérations d'otage en période électorale: Ingrid en Mars? pour les municipales?
Des candidats UMP avec des affiches "Untel avec Sarkozy" partout ?

On prend le pari?

28 décembre, 2007 18:50  
Blogger versac dit ...

Poursuivons, alors :

1. sur la question/réponse. Je n'avais pas relevé l'erreur, mais la discussion indiquait bien qu'il s'agissait Farc actuellement emprisonnés par le gouvernement.

2. Le problème des Farc dépasse le simple sujet de la négociation. Ces mecs n'ont aucune envie de négocier, d'ailleurs : ils vivent tranquilles (ou presque) sur leur bout de teritoire, en régnant en bons mafieux, de rackets et enlèvements. Leur objectif n'est pas de négocier avec le gouvernement, mais de le faire éventuellement plier pour qu'il les laisse tranquilles. Et la négo avec Sarkozy aide à leur légitimation dans ce domaine.

3. La négociation est une illusion : l'objectif est tellement cocnentré sur Ingrid que tu as ta réponse. Ramenez nous Ingrid, et que tout le monde se taise.

4. ca va même au dela de l'analogie Battisti (qui est logique, et pas géniale pour les farc : je ne ferais pas confiance à l'Etat français). L'enjeu, c'est aussi la politique d'asile : comment justifier, quand on durcit l'asile, d'héberger des terroristes preneurs d'otage ?

Docn au total ? Du foin, mais un très bon coup de surf médiatique sur une mobilisation ancienne. Le truc, c'est : pas sur que ça marche. Et on ne peut évidemment le souhaiter.

28 décembre, 2007 19:03  
Blogger Lancelot dit ...

Sur tes 4 points :

1/ Oui, cela ne faisait aucun doute dans le fil de la discussion, mais c'est le genre d'erreurs que je m'amuse à relever.


2/ Je ne connais pas suffisamment bien les FARC pour en parler avec assurance. Et surtout je ne suis pas dans la tête de leurs dirigeants pour savoir quels sont leurs véritables objectifs. Cependant, autant je comprends l'intervention de Chavez (il a tout à y gagner), autant celle de Sarkozy me révulse. Pour les raisons que j'évoque à la fin de ma note. Et il n'empêche que j'ai toujours du mal avec l'interventionnisme des pays occidentaux sur des problématiques purement propres à un pays.


3/ On est parfaitement d'accord.


4/ Pour être franc et direct, je pense qu'il ne faut pas faire d'amalgame entre la politique d'asile et la politique d'immigration. Bien que ce soit lié, c'est pour moi deux sujets totalement différents. Sauf que Sarkozy - Hortefeux, eux, ne distinguent plus les exilés politiques des autres immigrés.


Donc au final ? :-) De l'enfumage, toujours et encore, tout comme pour les infirmières retenues en Libye.

28 décembre, 2007 19:18  
Anonymous le chafouin dit ...

entièrement d'accord, luc. Encore de l'enfumage... C'est vrai qeu ce serait beau une petite libération avant els élections! pour noel, ça aurait été mieux. JE conseile donc aux photographes de surveiller carla bruni, ce sera peut-être elle qui ira négocier avec les Farc!;)
Sur le fond,en revanche, je pense qu'enfumage ou pas, tout ce qui peut être fait pour qu'ingrid bétancourt soit libérée est bon à prendre...

29 décembre, 2007 03:16  
Anonymous Carlos Obrador dit ...

LIBEREZ LILIANE BETTENCOURT !

Retenue depuis 5 jours dans un paradis fiscal par des amis à qui, par délicatesse, elle n’ose fausser compagnie, Liliane Bettencourt commence à s’ennuyer ferme.
A ses geôliers, intimons l’ordre de la libérer de sa prison dorée, et de nous la refourguer dans la première class affair disponible dans l’aéroport le plus proche. Sinon, on les dénonce tous au fisc !

LIBERTAD PARA LILIANE BETTENCOURT !

04 janvier, 2008 00:31  

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