Voici quelques (longs) extraits choisis, sélectionnés par moi-même, de la lettre de Eric Besson. Si quelques uns veulent la lire dans son intégralité, je peux vous la communiquer. On me reprochera (une fois de plus) de faire campagne pour Sarkozy, peu importe, je pense que cette lecture est intéressante pour tous ceux qui critiquent mes remarques acerbes à l'encontre de la candidate du PS.
J’ai lu que mon départ avait été « fracassant ». Non. Mon départ se voulait discret et silencieux. L’écho qui lui en a été donné a certes été « fracassant » mais je ne l’ai ni voulu, ni provoqué. Je voulais quitter le secrétariat national. Mais je n’avais pas l’intention de quitter les autres instances politiques du PS dont je suis membre, à savoir le Bureau National et le Conseil National et, a fortiori, le parti lui même.
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Je ne conteste pas le « chiffrage » du projet de Ségolène Royal. J’ai assuré la coordination du chiffrage du projet socialiste en juin 2006 et j’avais commencé, avec nos experts, le même travail pour l’actualisation de ce chiffrage après le discours de Ségolène Royal à Villepinte le 11 février. Ce travail a été repris par deux élus de qualité, Michel Sapin et Didier Migaud et je crois comprendre qu’ils sont arrivés aux mêmes ordres de grandeur.
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Ce que j’ai fait et dit la semaine dernière et ce que je dis ici, je l’ai décidé seul, sans en référer à personne. Je n’ai pas consulté Lionel Jospin. Je suis persuadé, au demeurant, qu’il aurait cherché à me dissuader et, peut être, me désavouera-t-il.
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Oui, nous avons bien eu, en secrétariat national, une altercation, François Hollande et moi. Pas sur le fond. Mais sur les hésitations et les revirements permanents d’une stratégie de réplique sur le « chiffrage ». [...] Mais je suis aussi lucide : il est à la fois le premier responsable et la première victime de la situation dans laquelle se trouve le parti socialiste.
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Pour ne pas évoquer le fond du désaccord qui expliquait ma démission j’ai invoqué des « raisons personnelles ». L’expression a été retournée contre moi par plusieurs des proches de la candidate, visiblement excédés par mon départ. [...] Ils ne grandissent guère la « relève » et le « renouveau » qu’ils prétendent incarner. Les « éléphanteaux » se révèlent plus cruels et moins regardants dans les arguments que les « éléphants » injustement vilipendés.
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Mais la ligne jaune a été franchie lorsque certains ont crû devoir évoquer de prétendues difficultés conjugales et familiales qui pouvaient expliquer ma supposée « déprime », poussant le vice jusqu’à renvoyer les observateurs aux romans de mon épouse Sylvie Brunel ou de ma fille aînée (sous le pseudonyme d’Ariane Fornia). Je veux dire simplement ceci : j’ai le privilège de posséder la cellule familiale la plus solide, la plus créative et la plus lumineuse que l’on puisse concevoir. [...] J’ai le plus profond mépris pour ceux -que l’on m’a aidé à identifier- qui ont crû devoir y
toucher et qui sont à l’origine directe de mon départ du parti socialiste.
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« Etre connu » peut être en politique un atout. Mais ce n’est pas un objectif en soi. En tout cas, ce n’est pas le mien.
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En clair : je n’avais aucune difficulté à adhérer à un certain nombre de valeurs fondamentales (le travail, la sécurité, les respect, la famille …) dont Ségolène Royal voulait être l’étendard. Je considérais même, comme elle, que la reconquête de la confiance des milieux populaires passait par cet aggiornamento. Mais je ne comprenais pas vers quoi cela nous conduisait concrètement. Et je ne comprenais pas qu’elle ne se saisisse pas des instances et moments de délibération collective (le Congrès, le bureau national, la commission du projet) pour donner un sens, une architecture à l’énoncé de ces valeurs.
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Il y a deux semaines, j’ai été nommé « débatteur » par Ségolène Royal, « autorisé à porter sa parole ». J’imagine donc que mon travail n’avait pas dû être jugé contre-productif.
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Ma loyauté ne m’interdisait pas de faire part à mes interlocuteurs réguliers, François Hollande, Jean-Louis Bianco, François Rebsamen notamment, de mes inquiétudes sur les « ratés » de notre organisation et de notre campagne :
- déconnexion entre le « siège de la campagne » et le « QG », rôle excessif et souvent nocif de « conseillers » dont la légitimité, la cohérence et le savoirfaire politique ne m’ont pas paru flagrants,
- absence de lieu d’arbitrage et de mise en cohérence des thèmes, discours et propositions de la campagne,
- faible utilisation des experts proches du parti socialiste, qui sont pourtant nombreux et de grande qualité.
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La « démocratie participative » aboutit ainsi à ce paradoxe singulier : après l’envoi de notes, suggestions et propositions, le processus délibératif ne respecte pas les principes de base de la vieille démocratie : transparence des débats (au moins publicité interne dans une instance d’arbitrage) et débat contradictoire.
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Ségolène Royal n’a, à ce jour, pas su (pas pu ? pas voulu ?) rassembler tous les talents du parti socialiste. [...] A gauche, les trois hommes d’Etat les plus crédibles, Lionel Jospin, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius ne sont pas -ou guère- sollicités.
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Ce « non » de beaucoup de dirigeants socialistes après le « oui » des militants restera à mes yeux une faute lourde dont les conséquences se font encore sentir.
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Je remercie aussi tous les élus, militants, et sympathisants d’ailleurs en France qui m’ont adressé des messages de soutien et qui m’ont demandé de renoncer à ma démission et de soutenir à nouveau Ségolène Royal. Sans les attaques personnelles dont j’ai été victime de la part de certains de ceux qui jouent un rôle majeur dans cette campagne auprès de la candidate et, en dépit de mon analyse, je serais revenu. Mais je suis désormais incapable de cohabiter avec ceux qui ont touché à l’essentiel. Le combat politique n’autorise pas tout … surtout dans son propre parti.
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Je n’ai pas fait d’offre de services et n’ai pas reçu de propositions de la part de Nicolas Sarkozy ou François Bayrou. Je les respecte l’un et l’autre et l’ai dit, écrit, avant ces événements.
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