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07 mars 2008

La démocratie représentative est-elle réellement démocratique ?

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A lire cet entretien réalisé à New York en avril 2007 par Hélène Landemore, interview de la philosophe Nadia Urbinati et du politologue Bernard Manin. Article paru sur le site La Revue des Idées.

L'article est long mais absolument passionnant, voici mon passage préféré, Bernard Manin revient sur la notion d'élite, et le détournement par ces élites de la souveraineté populaire :

Selon moi, les élites jouent en effet un rôle important dans le gouvernement représentatif. C’est le cas parce que les élections sélectionnent nécessairement des individus dotés de caractéristiques peu communes qui sont valorisées positivement par les électeurs. Un candidat qui ne se distinguerait pas par certains traits favorablement jugés ne pourrait pas gagner une compétition électorale. Cela dit, la méthode élective ne détermine pas le contenu particulier des caractéristiques distinctives et jugées positivement qui font que les candidats sont élus. De telles caractéristiques sont déterminées par les préférences des électeurs, c’est-à-dire par les citoyens ordinaires. Les électeurs choisissent les qualités distinctives qu’ils veulent trouver dans leurs représentants. Ces qualités peuvent consister en une quantité de choses, y compris en une capacité exceptionnelle à exprimer et à diffuser une opinion politique donnée. Même dans ce cas nous avons toujours affaire à des élites, au sens où ces personnes qui sont exceptionnellement capables de défendre une opinion possèdent un talent que n’ont pas la plupart des gens partageant la même opinion. C’est la signification que j’attache au terme « élites ».

Je ne pense pas cependant que les arguments que je viens d’avancer équivaillent à une position élitiste. L’élitisme en tant que position normative affirme qu’il est désirable que des gens qui sont objectivement supérieurs aux autres occupent des positions supérieures. Ma théorie de la représentation n’implique pas une telle position. D’abord, je ne défends pas l’idée que les élections sélectionnent des candidats objectivement supérieurs à leurs électeurs. L’argument que j’avance est que les élections sélectionnent des candidats dotés des caractéristiques subjectivement valorisées, à tort ou à raison, par les électeurs. Deuxièmement, je n’avance pas d’arguments sur la question de savoir s’il est désirable ou pas que les positions de pouvoir aillent à des personnes possédant des traits distinctifs et valorisés par leurs concitoyens. J’établis principalement qu’un tel résultat est un trait nécessaire des systèmes représentatifs. Je soutiens, il est vrai, l’idée que ces systèmes sont cohérents avec le principe normatif selon lequel le pouvoir politique doit provenir du consentement libre de ceux sur lesquels il est exercé. C’est le cas aussi longtemps que les électeurs ont la possibilité effective de choisir les traits distinctifs de leurs représentants. Mais je ne vais pas au delà de cet argument limité. Une perspective normative plus ambitieuse aurait requis un argument long et complexe étant donné le mélange étroit des dimensions égalitaires et non-égalitaires dans la représentation. J’ai décidé qu’un tel argument était au delà des limites de mon projet et de mes capacités. Ainsi, en résumé, mon argument sur les élites est positif, pas normatif. On peut très bien reconnaître l’importance de fait des élites sans pour autant prendre partie pour l’élitisme comme valeur.

(Lire l'article en entier.)

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8 Commentaires:

Anonymous Jujupiter dit ...

Je n'arrive pas a lire le texte. Une fonte fine et petite en blanc sur du noir, c'est deja difficile, mais en italique, je n'y arrive pas du tout!

07 mars, 2008 12:39  
Blogger Lancelot dit ...

Tu as juste à cliquer sur le lien dans ce cas, comme ça tu liras l'article en entier :)

07 mars, 2008 12:57  
Anonymous Jujupiter dit ...

@lancelot: en fait, c'etait plus une remarque generale sur le design :D

07 mars, 2008 13:30  
Blogger Leptitbenji dit ...

Réaction à l'extrait ci dessus :
Je ne vois pas trop ce qu'apporte en plus cette analyse des élites et du suffrage.
Cela fait longtemps que Weber et d'autres sociologues ont montré l'existence et la force du pouvoir d'influence, basé notamment sur le charisme ou encore la compétence.
Les élites ont ainsi de l'influence sur l'électorat populaire, et accèdent plus facilement au pouvoir.

07 mars, 2008 14:25  
Anonymous Anonyme dit ...

moi jsuis une élite ma parole!

07 mars, 2008 14:36  
Blogger omelette16oeufs dit ...

Dans ce système biaisé en faveur des gens qui savent se faire élire, ne reste-t-il pas un peu de démocratie dans le fait que nous avons le choix entre des membres différents de ces élites qui en principe défendent des idées ou même des idéaux opposés?

Autrement dit, le problème n'est pas que les hommes politiques soient des êtres supérieurs ou pas, mais que nous devons pouvoir choisir entre eux selon les idées qu'ils représentent...

07 mars, 2008 15:16  
Blogger Dagrouik dit ...

Tout cela rappelle qu'il n'y a pas de culture démocratique dans notre belle république (bananière). Etrangement, je connais même des libéraux (ouhhhhh, la honte) qui pensent la même chose. Et la solution existe, c'est la démocratie participative, et un ménage institutionnel.

07 mars, 2008 15:46  
Anonymous itsAlicien dit ...

Pierre Clastre, dans son livre "la société contre l'état", avait montré l'existence de sociétés refusant de donner le pouvoir à un groupe de personnes. Je poserais la question plus générale : "Dans la démocratie occidentale peut-on être réellement libre?" L'un des rôles de l'état dans la démocratie est de créer un cadre social, normatif qui en soi n'a rien de légitime. Sur quelle valeur pouvait bien reposer par exemple la loi, extrême certes, sur le port de l'étoile jaune?
La norme permet certainement de régler notre vie quotidienne, mais souvent, elle assujettit et stigmatise.

08 mars, 2008 20:40  

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