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22 avril 2008

Ma première fois avec Nicolas Sarkozy (2/3)

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Chronique écrite par Mandel

Ma seconde fois avec Nicolas Sarkozy ?
C’était quelques mois après la première… Sauf qu’entre temps, Edouard Balladur avait été battu aux élections présidentielles et Nicolas n’était plus ministre. Pire il était le pestiféré, le traître promis aux « mines de sel » par Jacques Chirac. Du même Jacques Chirac : « Sarkozy, il faut lui marcher dessus. Pour deux raisons. Un, c'est la seule chose qu'il comprenne. Deux, ça porte bonheur. »
Nicolas n’était plus ministre, c’était le début de la traversée du désert. Le moment où l’on bat la campagne, où l’on cultive ses réseaux.

Ainsi, le jour de ma seconde fois avec Nicolas Sarkozy, j’avais été invité à assister à l’une des rencontres d’un très select club de droite : « Le club du Luxembourg ». Un copain RPR m’avait vendu la sauce : « C’est au Sénat, y’aura Sarkozy et y’aura des petits fours et du champagne aussi. » J’étais étudiant, le programme était alléchant.
Je me retrouve donc - assis au milieu d’une assemblée de la haute bourgeoisie de droite - dans un grand salon doré du Sénat. Nicolas arrive sous les applaudissements. Il prend place derrière un pupitre et commence à parler…

Un discours ultra-libéral qui ferait Reagan passer pour un gauchiste, des grands patrons qui prennent la parole dans la bonne humeur, des questions réponses sous les murmures d’approbation, tout le monde semble d’accord, « On est entre nous ». Je n’ai jamais entendu de tel propos publics, qui à coup sûr déclencherait un tollé.

La salle se vide et se dirige maintenant vers le buffet. Je perds de vue Nicolas, mais je fais l’apprentissage en direct de l’ultra-libéralisme : ces messieurs dames se ruent littéralement sur le buffet. Et comme je suis le premier arrivé, ma situation géographique devient stratégique. Les mains se tendent vers moi, on me supplie pour une coupe, je distribue les macarons comme des hosties. Je passe une assiette généreusement garnie à un homme extrêmement élégant, qui l’arrache en me remerciant d’un étonnant « Vous êtes un fils pour moi ! » Fils qu’il oublie aussitôt, une fois l’assiette en main. Je crois que l’on parle d’esprit reptilien lorsque se produit un incendie : la peur ancestrale du feu face à laquelle l’homme perd tout contrôle de lui. Comme le bourgeois face à un buffet. Prêt à piétiner son voisin pour un petit four, excellent par ailleurs.

Je sors finalement du Sénat. Petit débat sur le trottoir. Je me mêle à quelques jeunes militants RPR. Certains sont émerveillés : « Oui, il faut être compétitifs, les chômeurs sont des branleurs, le travail n’est plus une valeur, etc ». Le copain, qui m’a invité, est là lui aussi. Lui aussi est RPR. Il pose une question : « Et si le travail est aliénant ? »

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4 Commentaires:

Anonymous abadinte dit ...

C'est un gauchiste ton copain!!!

22 avril, 2008 21:52  
Anonymous Alcibiade dit ...

Et tous ces salauds de pauvres qui pendant ce temps là faignassaient chez eux au lieu de venir boire les paroles de Nico au Sénat hein?!...

Une très bonne idée cette serie de billets!

Un jour, nous raconterons aussi les "premières fois" pour quelques uns d'entre nous avec NS

23 avril, 2008 00:35  
Blogger Hervé Torchet dit ...

Et encore, en matière de buffet, tu n'as jamais vu les batailles rangées à l'Hôtel de Ville le 25 août pour l'anniversaire de la libération de Paris, ni la foire d'empoigne entre petits vieux, ni les petites vieilles qui ouvrent grand leurs sacs pour y vider les plateaux. Ca, c'est un spectacle qui en dit long sur la nature humaine.

Cela dit, excellent compte-rendu.

23 avril, 2008 02:06  
Blogger jacques dit ...

Excellent compte rendu, sauf qu'il manque l'essentiel : le verbatim de son discours.

JR

24 avril, 2008 12:33  

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