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12 avril 2008

Madame, Monsieur, Bonsoir ... Les dessous du premier JT de France

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"Madame, Monsieur, Bonsoir, ..." Les dessous du premier JT de France. Edition Panama. Un livre d'un collectif de journalistes de TF1, signé Patrick Le Bel, en clin d'oeil à Patrick Le Lay ancien patron tout puissant de la première chaîne privée de télévision française.

Ce livre trainait depuis quelque temps, sans que je ne prenne le temps de l'ouvrir, passant après d'autres. Ah, chère procrastination quand tu me tiens ...

Je vous conseille donc plus que fortement sa lecture. Passionnant et édifiant cet ouvrage. Les coulisses de la rédaction de TF1. De la coupe de champagne sur le plateau avant 20h le soir du second tour des présidentielles de 2007, Patrick Poivre d'Arvor et Claire Chazal notamment fêtant la victoire d'un des leurs, Nicolas Sarkozy. Aux rumeurs de micros cachés dans les ascenseurs et les bureaux des journalistes pour espionner les salariés de TF1. En passant par la visite des grands de ce pays dans les locaux du joujou de Martin Bouygues.

Mais au-delà des anecdotes croustillantes, ce livre dessine un constat catastrophique sur les relations entre les journalistes eux-mêmes, entre les chefs et leurs subordonnées, entre les stars du petit écran et le reste du monde. Pis encore, les dessous de la création, de la mise en œuvre, du choix des sujets du Journal Télévisé révèlent une vision du journalisme absolument catastrophique. Je résume en deux mots : émotions et témoignages.

En outre, les auteurs de ce livre (qui se lit rapidement et facilement) ont une très bonne plume. Le style percutant ajoute aux révélations. Mais surtout nous entrons dans l'intimité et l'on nous dresse le portrait psychologique des maîtres des JT de TF1. Robert Namias, le directeur de la rédaction de TF1, personnage lunatique et caractériel, ne fonctionnait qu'à l'affect, qui aime changer régulièrement la moquette blanche de son bureau, monologuant à longueur de journées, faiseur et défaiseur d'hommes. Un Jean-Pierre Pernaut, présentateur du 13h, personnage plutôt sympathique mais caricature du beauf de droite assumé.

Mais surtout les deux vedettes du 20h. Une Claire Chazal, absolument dépressive, obsédée par son âge et son image. A son sujet, quelques phrases la résumant : "Claire n'est pas une révoltée, vous ne l'entraînerez jamais vers des combats perdus d'avance, elle connaît ses limites : les amis, le pouvoir. Que préfère-t-elle ? Ses amis ou le pouvoir ? Elle n'a jamais vraiment eu à se poser la question. Ses amis sont au pouvoir". Un PPDA, personnage au sommet de l'antipathie, totalement odieux, détestant la concurrence, s'accrochant à tout pouvoir qu'il peut accrocher à sa veste, absolument radin. Et surtout, ayant totalement bafoué ses idéaux d'antan. Finis le vrai journalisme, l'actualité internationale. Un homme absolument seul, absolument infréquentable en raison de son caractère dictatorial.

Plutôt que d'écrire des lignes et des lignes sur ce livre, courrez le lire. Voici un extrait :

Le Monde... définitivement pas le journal préféré de la rédaction. Souvent, en quittant le bureau, je vois les piles encore intactes. Il faut reconnaître que c'est un peu fastidieux à lire, et comme le dit la chanson : "Le Monde y a longtemps qu'elle fait plus semblant..." Surtout quand ce n'est pas nécessaire. Sur un plan professionnel, Le Parisien suffit amplement à se faire une idée de ce que seront le 13 heures et le 20 heures du jour.
Je ne lis
Le Monde que lorsque PPDA demande à midi et quart et d'un ton impatient une enquête sérieuse. Les sanctuaires mondiaux du terrorisme, par exemple. Le quotidien du soir y retrouvera l'un de ses articles en plus condensé. C'est déjà un exploit d'y arriver. L'exercice exige du travail et beaucoup de rapidité, car l'heure tourne ...
A l'infographie : "Urgent, il me faut une carte, regarde celle du Monde, rajoute des couleurs et une dynamique, fais plus vivant."
A mon assistante : "Appelle-moi Pascal Boniface." Toujours disponible et un avis sur tout. Au planning caméra : "Vite s'il te plaît, j'ai besoin d'un cameraman pour interviewer Jacquard, qu'il lui fasse dire la même chose que dans
Le Monde, page 3."
Comme il s'agit d'une enquête, j'ai le droit de dépasser la minute trente réglementaire, le sujet sera vendu par Poivre d'un air pénétré, comme il se doit : "une enquête de notre rédaction".

Je n'ai pas mis les pieds dans un pas arabe depuis des années, malgré mon titre de grand reporter. Cela n'empêchera pas mon beau-père de me lancer dimanche : "Déjà rentré ?"

Finalement j'ai appris pas mal de choses. promis, je me remotive.

Paris Match, dérobé discrètement si j'ai la chance de tomber dessus le premier, finissait par me suffire. Quant à Courrier International, il n'existe plus dans la rédaction ; il a disparu en même temps que le service étranger.
Et la ménagère ne s'en est pas rendu compte. Alors ...

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2 Commentaires:

Anonymous Anonyme dit ...

Merci pour la référence !
Je me suis toujours demandée pourquoi PPDA jouissait d'une telle longévité sur le petit écran, malgré sa présence insipide et ses problèmes d'élocution...

14 avril, 2008 15:38  
Anonymous Dominik Vallet dit ...

ça donne envie de le lire en tout cas...

25 avril, 2008 15:44  

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