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16 juin 2008

Comment j'ai dévoré un Président de la République ...

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Je vous avais annoncé le retour de François Mitterrand 2008, le blogueur, au travers d'un livre chez Ramsay. J'avais reçu dans ma boîte aux lettres cet ouvrage, François Mitterrand 2008, il revient. Je prends (enfin !) le temps d'écrire ce que j'ai pensé de la lecture de ce livre.

Contrairement à ce que pense Jean-Michel Aphatie (qui n'a certainement pas lu le livre), la place de ces chroniques d'outre-tombe se trouve dans une bibliothèque et non dans une poubelle.

Commençons par les critiques négatives. Deux principaux reproches. Le premier plus qu'un reproche, un conseil. S'arrêter là. L'exercice (faire parler François Mitterrand durant la campagne des présidentielles) était une idée de génie. Le livre, son juste prolongement, propose un véritable regard sur la première année de Présidence du lointain successeur (ainsi est nommé Nicolas Sarkozy). Mais comme l'auteur l'écrit lui-même, on finit par se lasser. Nicolas Sarkozy lasse. Ecrire sur lui lasse. Et peut-être ne s'amuse-t-on et ne se révolte-t-on plus assez à force de l'observer.

Second reproche. Mais là encore le reproche à peu à voir avec l'auteur du livre et l'ouvrage en lui-même. Je ne suis pas du tout Mitterrandolâtre (contrairement à l'auteur qui le revendique presque lui-même). Même, je porte François Mitterrand assez bas dans mon estime (mais là n'est pas l'objectif de cette note). Forcément alors, un Mitterrand moderne écrivant et se satisfaisant du passé politique d'un Mitterrand mort m'agace. Mes ricanements sont nombreux quant aux justifications sur les choix et mesures mitterrandiennes. Et l'envie de dire : "tu te fous de nous, Tonton !".

J'ai du lire un seul ouvrage de François Mitterrand dans ma vie, L'Abeille et L'Architecte. Et le souvenir que j'en garde se limite à une écriture très médiocre. Un style ampoulé et risible. Une qualité littéraire très incertaine. Autant le style Mitterrand à l'oral fonctionne à merveille, autant le style Mitterrand à l'écrit frise le grotesque. Mais le grand talent de l'auteur de
François Mitterrand 2008, il revient tient principalement au fait qu'il a trouvé le génie (je pèse mes mots) de réussir à écrire dans le style oral Mitterrand. Autrement dit, si François Mitterrand avait rencontré de son vivant François Mitterrand 2008, nous n'aurions pu que lui conseiller de l'engager comme nègre.

Principale qualité de ce livre donc : l'écriture. Un français parfaitement maitrisé, une langue avec laquelle l'auteur joue et s'amuse, émeut et séduit. J'espère vraiment que l'auteur de
François Mitterrand 2008, il revient reprendra le clavier de son Mac pour continuer à écrire. Je pense qu'un homme ou une femme politique de goût serait bien avisé de demander à l'auteur d'écrire ses discours.

Le fond du livre est un réel régal. Certes pas de théories politiques ou de critiques noblement constructives. Mais la politique vécue par le trou des serrures des palais de la République nous en apprend parfois autant, voire plus. Des anecdotes à la pelle, que ce soit sur le vécu de François Mitterrand ou sur les coulisses du pouvoir actuel. Une délectation pour celles et ceux pensant que la psychologie des politiques compte dans leur carrière politique. On parle de tout et de tous dans ce livre : de Rachida Dati à François Hollande, en passant par ceux qui occupent les médias. Une bonne rétrospective de cette année écoulée, sous la plume acide d'un Mitterrand plus en forme que jamais.

Plutôt que d'encore longs écrits, voici quelques extraits parmi mes préférés.

Sur le Parti Socialiste après l'échec de Ségolène Royal aux présidentielles : "Tels que je connais les socialistes, pourtant, les véritables leçons de ce scrutin ne seront pas tirées. On invoquera l'unité du Parti à préserver, la nécessité d'une réflexion à mener dans la sérénité, la rude exigence du devoir d'opposition qu'il faut assumer, bref, on procrastinera".

Sur Arnaud Montebourg lors la Fête de Frangy-en-Bresse : "Cette année, Manuel Valls était l'un des invités d'honneur. Montebourg-Valls, voilà un attelage qui devrait durer encore quinze jours, durée de vie moyenne des alliances conclues par Montebourg".

Sur François Bayrou et le Modem : "Pour aller loin en politique, il faut être doté d'une qualité qui, en cedomaine de l'action humaine, s'avère supérieure à toutes les autres : la persévérance. sans persévérance, on ne va nulle part. Le talent, le génie, l'intelligence, la culture, tout cela est bien joli mais ne sert à rien si l'on ne possède pas, chevillé au corps et à l'esprit, l'instinct de persévérance. Bayrou en est un bon exemple. En six mois, il a tout perdu. L'élection présidentielle, les élections législatives, son parti, ses élus, ses amis, ses fidélités... Il ne lui reste rien, hormis son parti croupion avec ce nom ridicule, le MoDem, Marielle de Sarnez, sa fidèle collaboratrice (autant dire un boulet qu'il s'est attaché au pied et qu'il va traîner longtemps, et sa persévérance. (...) Bayrou s'est autoproclamé candidat permanent à la Présidence de la République et il a bien raison, car c'est à force de persévérance qu'il finira par arriver à quelque chose. Ce trait de caractère lui permet d'espérer encore aujourd'hui, à la place qui est la sienne, là où tant d'autres de sa génération ont déjà été emportés par le vent de l'Histoire".

Dernier extrait, mon préféré, à propos de Nicolas Sarkozy : "Celui que les Français ont choisi cette année devrait réexaminer avec l'intérêt l'élection présidentielle de 1920. Cette année-là, la bataille pour la Présidence de la République opposa Clemenceau (76 ans) à Deschanel (63 ans). Deschanel fut élu par les parlementaires et on s'aperçut un peu plus tard qu'il n'avait pas toute sa tête. Il démissionna après quelques épisodes où le ridicule le disputa au tragique, parvenant même à tomber d'un train vêtu d'un simple pyjama, exploit jamais réédité à ce jour. Clemenceau, lui, avait déjà, bien avant cette lamentable issue, tiré les leçons de sa défaite : "Ils avaient peur d'un gâteux ; ils ont un dingue." En 2007, ils ont eu peur d'une femme."


François Mitterrand 2008, il revient...
Editions Ramsay. 257 pages. 17 euros.

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7 Commentaires:

Blogger ledretch dit ...

Bravo, tu m'as donné envie de le lire, et Dieu sait (Tonton sait?) que je n'apprécie la politique que 50 ans après. :)
à moins que le temps soit vraiment très vite passé...

16 juin, 2008 17:17  
Anonymous Titem dit ...

Une critique nettement plus intéressante que celle d'Apathie, c'est sûr ! Mais je me demande tout de même quel est l'intérêt de ce livre puisque, tu le dis toi-même "pas de théories politiques ou de critiques noblement constructives".

La politique vue par le trou de la serrure : n'est-ce pas justement l'occasion de régler des comptes ?

Mais bon on peut aussi lire le livre pour cela, et l'exercice de style !

16 juin, 2008 18:08  
Anonymous CulturePo dit ...

Je l'ai lu aussi (mais n'ai pas encore fait mon compte rendu, cela viendra...) et partage cet enthousiasme.

Il s'agit d'un ouvrage de bibliothèque, que l'on lit et peut relire avec le plus grand plaisir.

L'écriture est littéraire, savoureuse, même si l'on peut déplorer quelques fautes ou coquilles sans doute laissées par une relecture trop rapide.

Autant l'ouvrage de Rambaud (Chronique du règne de Sarkozy Ier) m'a ennuyé, autant le livre de Mitterrand 2008 m'a ravi. Il y a de la plume, du rythme, et un vrai contenu qui n'est certes pas asséné sous la forme d'un essai, mais délivré tout au long de la trame de ces billets. Une vraie chronique du pouvoir en place, avec le passé comme arrière-plan, mais un passé vivant, pour mieux souligner l'aberrant gouffre dans lequel nous sommes plongés depuis l'élection de... qui l'on sait :)

16 juin, 2008 18:20  
Anonymous CulturePo dit ...

Quand à l'attitude d'Apathie, à mon sens elle est dictée par l'agacement qu'il a éprouvée suite aux taquineries récurrentes de FM2008 à son égard.

Bref, il ne l'a pas lu ou l'a lu avec le parti pris de le dézinguer, et règle, au moyen de son petit show médiatique antiFM2008 des comptes personnels.

Où l'on se rend clairement compte qu'Apathie est (très) susceptible et rancunier (sinon vengeur), en somme...

16 juin, 2008 18:24  
Blogger AAA Copywriter dit ...

Extrêmement intéressant du point de vue d'un rital qui n'y connaît pas grand chose a la politique française...

Alex

16 juin, 2008 18:24  
Anonymous Nicolas dit ...

Bon, moi j'attends désormais ton enquête... : qui est l'auteur anonyme?
Tu lances un concours ?? ^_^ (j'ai des hyptohèses, bien que ne l'ayant pas lu).

16 juin, 2008 19:25  
Anonymous dedalus dit ...

en citant ce qui écrit sur Bayrou, tu aurais pu aller jusqu'au bout, là où aboutit la pensée mitterrandienne : François Bayrou ? "Le Georges Marchais du centrisme".

rien que pour ce trait je suis heureux d'avoir acheté le livre... ha non, c'est vrai, Birenbaum me l'a adressé également ;-)

ma propre critique, d'autres extraits...

16 juin, 2008 20:46  

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