]]>

18 juin 2008

Une heure avec Ségolène Royal : Proche Orient et communication politique

Partager
Plus d'une semaine après la rencontre avec Ségolène Royal, il est temps de revenir à froid sur cette heure passée à discuter avec elle. J'apprécie cette opportunité, après avoir fortement critiqué la candidate du Parti Socialiste lors de la campagne des élections présidentielles, pouvoir échanger directement avec Ségolène Royal me rendait curieux.

Un ami, à qui j'annonçais ce rendez-vous, et fin connaisseur des hommes et femmes politiques (mais pas vraiment socialiste) me disait la veille de cette rencontre : "tu verras, tu seras forcément séduit, c'est son métier". Finalement, pas vraiment. Ségolène Royal est cordiale, humaine, aimable et à l'écoute. Mais pas véritablement à l'aise, plutôt stressée (elle a durant tout l'entretien joué avec le fermoir de son bracelet de montre) et dans l'ensemble une grande adepte de la langue de bois. Un regard franc et sincère mais plutôt absent et préoccupé. Une parole facile et directe mais toujours trop maîtrisée et dictée.

J'avais prévu plusieurs questions, j'ai eu l'occasion d'aborder deux thèmes. Tout d'abord le conflit opposant Israël et la Palestine. Je l'ai donc interrogé sur sa vision de cette guerre et comment en sortir. Sur le statut de Jérusalem, capitale israëlienne, capitale palestienne ou capitale "multi-patride" ? Je revenais également sur la construction du mûr contruit par le gouvernement israëlien en Cisjordanie, contruction condamnée par la Cour Internationale de Justice de La Haye.

Voici sa réponse : "Vous savez, je me suis rendue en Israël et dans la bande de Gaza. Il y a beaucoup d'ailleurs de misères et de désespérances dans la bande de Gaza. Et puis j'ai rencontré les jeunes, parce que j'ai eu une conversation avec les jeunes israëliens et les jeunes palestiniens. Ce qui m'a frappé c'est la vision de la nouvelle génération : ils en ont vraiment assez de la guerre. Franchement. Et je ne suis pas sûre que la génération des responsables politiques aujourd'hui ait suffisamment conscience de cette soif des jeunes de vivre en paix, d'avoir des enfants qui vivent dans un monde de paix. Et moi je me garderai de toute prise de position à l'emporte pièce sur Jérusalem ou sur la condamnation d'Israël. Je pense qu'il y aurait vraiment un travail de médiation pour à la fois que les palestiniens ait un Etat et qu'Israël des frontières stables".

Ségolène Royal enchaine ensuite sur le Liban. J'aurais aimé que Madame Royal sorte de sa langue de bois, qu'elle réponde à ma question et pas seulement au travers de "la guerre c'est mal". Mais deux possibilités : soit elle connait mal le sujet (sinon probablement soutiendrait-elle la condamnation de l'ONU), soit elle ne souhaite pas se mouiller pour ne se mettre personne à dos sur un sujet aussi sensible.

Ma second question portait sur la communication politique, une des approches de la politique qui me passionne. Je commence par lui dire que je ne suis pas dupe, et que même si Ségolène Royal nous rencontre pour le plaisir, cet évènement est forcément un moyen de communication. Je reviens sur sa proximité avec Natalie Rastoin, directrice de l'agence Ogilvy. Je lui apprends que Ogilvy est une filiale du groupe de communication WPP, groupe possèdant également la société Hill & Knowlton. Hill & Knowlton, boîte de comm proche du gouvernement américain, ayant notamment participé à la communication autour de la première guerre en Irak. Je l'interroge sur la façon dont elle communique, si elle est entourée d'un spin doctor. Ce à quoi elle me répond avec humour : "j'aurais dû d'ailleurs". Je termine en lui demandant qui est son Alistair Campbell ou son George Stephanopoulos.

Voici sa réponse : "Je pense que je ne suis pas la plus mauvaise, vous voyez ce que je veux.dire Les conseils de communication que j'ai eus ... Par exemple, effectivement il y a une entreprise de communication qui m'a trouvé ce slogan, très banal d'ailleurs, la France juste et forte. Mais ce que j'ai trouvé moi, au contact des gens, parce que c'est souvent moi qui ai inventé les choses. Par exemple dans ma déclaration de candidature à la candidature - je ne dis pas que c'est le meilleur slogan car c'était celui de mon adversaire - dans le discours de Vitrolles et dans tous les meeting de candidature interne je commençais tous mes discours par : "seule je n'y peux rien, mais avec vous tout devient possible". Ca c'est le slogan qui a été repiqué, je pense qu'il a été revendu par une boîte de comm, par Nicolas Sarkozy. De même, Désirs d'Avenir, on n'a pas trouvé mieux ; ça dit tout ce que ça veut dire, Désirs d'Avenir : c'est pour la France, c'est pour chacun, c'est signe d'un progrès, c'est aussi le signe que si on n'a pas d'avenir on désespère. Donc finalement, c'est le slogan de campagne qu'on aurait du prendre. Ce que je veux dire par là, c'est que ce ne sont pas forcément les conseils d'entreprises de communication qui sont les meilleurs. Il y a des choses que l'on trouve et qui finalement correspondent à ce que l'on est, à ce qu'on pense, à ce qu'on a compris des gens. Quant à Natalie Rastoin, elle intervenait comme ça, c'est une amie de 15 ans, elle donnait des conseils de temps en temps. Sinon, il y avait une boite de communication, [elle cherche le nom] elle n'avait pas fait des trucs terribles d'ailleurs, qui a fait l'affiche de profil, c'était pas génial [un conseiller de Ségolène Royal donne le nom de l'agence : Benoit Devarieux]".

Réponse plus complète. Quelques regrets, quelques informations. Mais encore de la langue de bois : la communication au contact des gens, déjà vu.

Peut-être mes questions inspiraient-elles moins Ségolène Royal. Elle a répondu plus en détail à d'autres blogueurs présents, notamment sur le PS, sur les collectivités locales, sur l'économie solidaire, sur les SCOP, sur le RSA et la précarité.

J'en suis reparti avec finalement une image assez semblable à celle que j'avais de Ségolène Royal avant ce rendez-vous. Beaucoup trop de langue de bois, plus obsédée par le Parti Socialiste que par la France. Mais un personnage finalement sympathique et ouvert. Et une intuition : si Ségolène Royal arrive à prendre le PS, je pense qu'elle sera bien meilleure comme principale opposante à Nicolas Sarkozy que comme candidate.

Les photos de la rencontre avec Ségolène Royal.
Les conditions de cette rencontre.

Libellés : , , , , ,

7 Commentaires:

Blogger Aurélien dit ...

Tout ça confirme mes propres impressions sur Ségolène Royal. J'ai vraiment du mal à comprendre l'engouement autour d'elle.

Mais, un peu comme Sarkozy d'ailleurs, elle porte un vrai mystère. Elle est toujours sur ce très ponctuel carrefour où l'on hésite entre maladresse, spontanéité, naturel et incompétence.

Je ne sais toujours pas qui elle est ni quel est son projet de société. C'est dommage parce que je viens bien la croire sincère dans son engagement socialiste et dans sa bonne volonté.

18 juin, 2008 20:25  
Anonymous antennerelais dit ...

"Ségolène Royal est cordiale, humaine, aimable et à l'écoute. Mais pas véritablement à l'aise, plutôt stressée"

Entourée de blogueurs faisant figure de vieillards et diffusant une ambiance un peu froide et tendue (encore que les vieillards éclairés agissent à l'inverse), c'est absolument logique : n'oublie pas que Ségolène dotée de capacités inouïes ressent très fortement ce qui plane dans l'atmosphère. Elle n'avait qu'une envie c'est que ça se termine !

18 juin, 2008 22:54  
Anonymous Thieffaine dit ...

Bravo Luc , encore un post qui sort du commun , qui est honnête , et qui fait que l'on croit à ce que tu marques.

Personnellement , c'est tout à fait comme ça que j'avais " ressenti " Royal lors de son affrontement avec François Bayrou sur une des chaînes du satellite, entre les deux tours : langue de bois et méconnaissance des sujets. Et grande prudence aussi.J'ai voté Bayrou... sans regrets...c'est après qu'ils sont arrivés !

TAdF

19 juin, 2008 02:02  
Blogger Lancelot dit ...

Aurélien >> Le mystère est toujours séduisant. Sur Royal, j'aurais aimé comprendre son fonctionnement, je n'ai pas (encore) réussi, c'est dommage.

Antennerelais >> Parce que tu étais présent pour savoir l'ambiance qui régnait dans la salle ? Ton commentaire en prouve le contraire.

Thieffaine >> je suis si négatif dans cette note ? Mais ma grosse déception lors de cette rencontre, finalement, c'est de ne pas avoir été surpris. Mes deux questions - réponses ne sont probablement pas à l'image de ce RDV.

19 juin, 2008 02:26  
Anonymous L'hérétique dit ...

J'ai à peu près la même vision que toi de la personne.
Cela dit, si tu veux vraiment savoir ce qu'elle pense sur de nombreux sujets, lis son livre d'entretien écrit pendant la campagne : Maintenant.
Là, on voit ses positions économiques et politiques, enfin, à peu près, nonobstant le programme du PS, évidemment.

Je ne suis pas certain qu'elle méconnaisse tant de sujets qu'on le dit. En revanche, côté langue de bois...

19 juin, 2008 10:55  
Anonymous Laurent dit ...

Ahhh Hill & Knowlton... Que de souvenirs...
(J'ai, un temps, développé le site Web de cette boite :-] )

20 juin, 2008 12:24  
Anonymous Anonyme dit ...

Je repête : on voit qu'elle a surtout l'air de se faire chier ! ;-)
et quand à la qualité des question posées les PPDA ont encore de beaux jours devant eux ...
wildo ;-)

20 juin, 2008 18:29  

Enregistrer un commentaire

Liens pour ce post:

Créer un lien

<< Home