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22 août 2008

Quand le foetus devient-il humain ?

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Dans un communiqué commun de Rachida Dati et de Roselyne Bachelot-Narquin, le gouvernement autorise la "délivrance d'un acte d'enfant sans vie". Les décrets établissent qu'un foetus né sans vie pourra désormais être inscrit sur les registres de l'état civil. Cette mesure concerne les fœtus de morts in utero ou bien suite à une IMG (interruption médicale de grossesse) entre la 16ème et la 22ème semaine de grossesse. Auparavant, seuls les foetus de plus de 22 semaines pouvaient bénéficier de cette mesure. Cette mesure permet aux enfants morts-nés de figurer sur le registre de l'état civil et sur le livret de famille, autrement dit le fœtus peut se voir attribuer un prénom ; les parents pourront ainsi organiser des obsèques à cet enfant.

Sans être juriste ni médecin, ces décrets posent de nombreuses questions. On entend déjà les défenseurs de cette mesure assurer que cette annonce facilitera les familles à faire leur deuil. Cela signifierait-il qu'il est plus "facile" pour une mère de supporter une fausse couche faite à 21 semaine plutôt qu'à 22 semaines ? Argument donc démagogique et sentimentaliste à souhait lorsque l'on lit sur le communiqué des ministres de la justice et de la santé que cette mesure est une "réponse pragmatique et humaine à ces situations de deuil".

Le second axe tourne autour de l'éthique et de la notion de l'humain. A partir de quand peut-on établir qu'un
fœtus devient un être humain ? La réponse la plus logique consiterait à dire que le fœtus devient un humain à partir du moment où ce fœtus est viable en tant qu'enfant. Mais cela, la loi ne pourra jamais le définir, la situation différant d'un fœtus à l'autre. Ou bien il faudrait à chaque fois une évaluation au cas par cas, avec des avis médicaux complémentaires pour établir un certificat de viabilité.

On ne peut que penser également à l'IVG (Interruption Volontaire de Grossesse), autorisée en France jusqu'à 12 semaines d'aménorrhée. Résumons : on peut légalement faire cesser une grossesse (et donc tuer un
fœtus) pendant les 3 premiers moins de la grossesse. Et l'on peut donner un statut d'humain à un fœtus à partir de son 4ème mois d'existence. Que se passe-t-il entre le 3ème et le 4ème mois ? Le fœtus légalement ne peut être retiré, et il ne peut être reconnu comme un enfant. N'y a-t-il pas un paradoxe. Un trouble d'un mois dans lequel les associations (pro ou anti IVG) risquent de se ruer.

Au-delà des combats des associations anti-avortements (qui ne vont pas manquer cette occasion pour faire entendre leur voix), quel intérêt le gouvernement avait-il à replacer au centre du débat ce sujet ô combien polémique ? Y avait-il vraiment une importance à établir ces décrets ? Ne fait-il pas que redonner une tribune à des associations réactionnaires ? Et de voir un sujet autant passionnel diviser une nouvelle fois les Français ?

(Enfin, et je donne là un avis beaucoup plus personnel, l'humain ne peut-il (ne doit-il) se définir qu'au travers des notions scientifiques ? Peut-être suis-je dans l'extrêmisme opposé aux réactionnaires défenseurs de la famille, mais j'aurais tendance à penser que l'homme n'existe qu'à partir du moment où il a conscience d'être. Et que cette conscience ne viendrait qu'à partir du moment il a mis un pied dans la société, libre de son existence, cette existence ne prenant forme qu'au moment de sa naissance.)

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17 Commentaires:

Blogger Ant. dit ...

Ce n'est pas à la loi ni à la justice d'aider les gens à faire leur deuil. C'est, au choix et dans le désordre, aux psys, aux curés, aux groupes de paroles, aux amis et proches, etc etc.
L'argument du deuil est une horreur politique, un monstre juridique et une aberration démocratique. Rien que ça, hé oui. Mais ça va bien avec le dolorisme compassionnel qui sert de ligne politique au duo Sarko-Dati. On est mal.

22 août, 2008 16:17  
Anonymous Yannou dit ...

Tu as raison, la question de fond est bien "Quand le foetus devient-il humain ?". Vu le nombre de spécialistes (scientifiques, philosophes, etc.) qui se sont penchés sur la question, la réponse est loin d'être simple.

Ta logique te conduit à dire : lorsqu'il est viable. Pourquoi pas. La mienne me conduit à dire : lorsqu'il forme une entité distincte de celle de ses parents, c'est-à-dire à la fécondation. Pourquoi pas.

Après, on voit bien que l'État est loin, très loin, de faire autorité sur la question, et manque de cohérence. En France, l'IVG c'est avant 12 semaines. C'est différent dans d'autres pays. Qui a raison ? Sur quels critères ? "Logiques", scientifiques, éthiques ?

Le truc, c'est qu'à un moment il faut bien poser une limite. 12 semaines, c'est trop tard selon certaines personnes (comme moi) et c'est trop tôt selon d'autres (comme toi). Et effectivement, ce n'est pas plus facile de faire le deuil à 11 semaines qu'à 13. Mais la limite est là. 12 semaines en France. Voilà, c'est peut-être bête mais c'est comme ça.

À la limite, si la "date officielle de vie" est 12 semaines, je trouve cette mesure "22 semaines --> 16 semaines" plutôt logique : on se rapproche d'une cohérence.

Mais mon sentiment est que ces "12 semaines" ne sont pas vraiment une tentative de définition du début de la vie. Il me semble qu'il s'agit plutôt d'un délai qui est donné à la mère pour prendre connaissance de sa grossesse et prendre sa décision.

En ce qui concerne ton dernier paragraphe, je te répondrais que le foetus a assez tôt conscience du monde qui l'entoure. Après, "conscience d'être"... Est-ce vraiment, pleinement le cas avant 3 ans, voire plus tard ?

22 août, 2008 16:46  
Anonymous Mathilde dit ...

Heureux Yannou qui n'a jamais dû prendre rdv chez le gynéco en cata ni trouver un médecin disponible pour faire une IVG dans les délais :)

La question que je me pose est: si un foetus est dézingué par IMG, et qu'on lui reconnaît une existence légale, est-ce que c'est un genre de reconnaissance de l'euthanasie?

22 août, 2008 17:53  
Blogger Tahar, coeur de lyon dit ...

Je pense que c'est un réel progrès sans pour autant menacer la loi sur l'IVG. le seul petit hic, c'est la période entre le 12 ième et 13 ième mois. On ne peut pas demander à la loi de faire simple, ce n'est pas son truc.

22 août, 2008 18:14  
Anonymous Mathilde dit ...

entre le 12ème et le 13ème mois, le foetus barrit déjà.

22 août, 2008 18:20  
Anonymous GuillaumeD dit ...

@ mathilde
la réponse à ta question est clairement oui.

@ luc
"Cela signifierait-il qu'il est plus "facile" pour une mère de supporter une fausse couche faite à 21 semaine plutôt qu'à 22 semaines ?"
Tu fabriques là une question très bizarre... Je trouve que "ton focus" est très mal réglé;-)
Moi, j'ai entendu aujourd'hui à la radio que le fait de voir son bébé, encore à l'état de fœtus, incinéré par l'hôpital, comme l'obligeait jusqu'alors la loi, était un traumatisme pour les parents. Je n'y avais pas pensé.
Dans ce sens, que les parents qui le demandent puissent accomplir leur deuil autour de ce fœtus mort (avec la possibilité d'un cercueil) me semble très bien.

Avec ou sans cela, les questions autour de l'avortement resteront posées par plein de gens et plein de situations.
Car ta question-titre n'aura jamais une seule réponse.

22 août, 2008 18:23  
Anonymous Ledru-Rollin 2007 dit ...

La question de la viabilité est complexe, d'autant plus que cela varie selon les cas. Il faudrait donc rester pragmatique et ne pas confier aux législateurs ce qui revient à l'appréciation des spécialistes.

D'un point de vue philosophique et humaniste, le foetus devient un être humain à part lorsqu'il ne fait plus partie du corps de la mère, donc à la naissance.
Avant ce moment, il appartient au corps de la mère, qui est donc libre d'en faire ce su'elle veut.

22 août, 2008 18:28  
Anonymous Yannou dit ...

@Mathilde : Euh, j'ai pas bien compris... La question sur laquelle je donne mon point de vue, c'est "Quand le foetus devient-il humain ?" (question éthique), pas "Combien de temps faut-il laisser à une mère enceinte pour qu'elle puisse avorter ?" (question pratique).

Et puis, faut pas supposer comme ça que je n'ai jamais été confronté à la question...

@Ledru-Rollin 2007 : C'est UN point de vue, guidé par une certaine logique. Mais si c'était si évident que ça, ça ferait longtemps que la question serait réglée...

22 août, 2008 18:54  
Blogger Jérem' dit ...

Tient, comme je lis ce billet, je vois l'information passer au J.T. Mais bon, étant donné qu'il ne s'agit que d'une mesure supplétive, il n' y a pas de quoi en faire un plat. Du moins c'est ce que j'en pense...

22 août, 2008 20:19  
Blogger Bang Bang dit ...

"mais j'aurais tendance à penser que l'homme n'existe qu'à partir du moment où il a conscience d'être"
Oui, t'as raison et comme aucun animal n'a conscience d'être (en tout cas c'est impossible de prouver le contraire), hé bien je suis pour l'élimination illico presto de tout animal. Qu'est-ce qu'on serait mieux sans eux !!
Non, mais franchement, ton raisonnement ne va pas bien loin... Allez, encore un petit effort !!

22 août, 2008 22:35  
Blogger Luc Mandret dit ...

bang bang >> en effet les animaux ne sont pas des humains, je pense que tu viens de faire une énorme découverte ...

A tous les autres merci, je trouve le débat très intelligent, entre les notions législatives, juridiques, éthiques, morales et personnelles.

22 août, 2008 23:04  
Blogger Tarnouille dit ...

Accordé un état civil à un foetus mort in utero permet a des familles d'accomplir un rituel de deuil qui leur est nécessaire pour surmonter cette épreuve.
A priori, c'est bien d'avoir légiféré sur le sujet, même si il n'y avait pas de caractère d'urgence, à première vue.
Pour ce qui est de relancer des débats houleux, je ne pense pas qu'on puisse faire l'amalgame avec le droit à l'avortement qui de toute façon ne sera pas remis en question (encore heureux). Si tel était le cas, le gouvernement aurait des arguments tout trouvés (je pense).
L'avenir nous dira.
A bientôt.

23 août, 2008 11:55  
Anonymous Mistral dit ...

Lucj ne ne prononcerai pas sur le sujet mais sur le fait que tu écrit : "quel intérêt le gouvernement avait-il à replacer au centre du débat ce sujet ô combien polémique ? "

Tu remarquera qu'en plus des réformes de rupture, le gouvernement avance sur des sujets de société : l'adoption, par exemple.

Un sujet de société sous prétexte qu'il peut diviser le pays ne doit donc pas être aborder ?

Donc on ne fait rien. On ne change rien. On ne divise pas les francais...

Et puis tu vois, tu trouve "le débat très intelligent, entre les notions législatives, juridiques, éthiques, morales et personnelles."

Alors ???

23 août, 2008 11:57  
Anonymous LN dit ...

Yannou : "quand le foetus devient-il humain?"

>> Humain, l'embryon, déjà, l'est, dès sa CONCEPTION, tout scientifique justement le reconnaîtra : l'intégralité du patrimoine génétique HUMAIN ne s'acquiert pas au cours de l'embryogénèse, à un moment X de la gestation, il est présent dès la première cellule (quand l'ovule est fécondé). Quand les journalistes posent la question de l'humanité du foetus (et c'est fréquent) c'est un non sens (un non sens qui se répète tellement qu'il a finit par n'en plus parraitre un mais en vérité c'est un non sens). La seule question que l'on pourrait valablement se poser c'est : à quel moment a-t-on le droit d'être considéré comme une personne ? Mais l'on s'aventure là en eaux troubles : un prématuré né à 6 mois de vie est en effet considéré comme une personne, alors qu'un trisomique avorté tardivement (IMG), même s'il est plus âgé, n'est pas une personne.

23 août, 2008 23:33  
Anonymous Yannou dit ...

@LN : Je suis assez d'accord. Au fond, cette question d'"humanité" est un peu déconcertante. Si le foetus n'est pas humain, il est quoi ?

@Tarnouille : Effectivement, on peut facilement faire l'amalgame avec le droit à l'avortement : reconnaissance de la personne humaine ==> interdiction de tuer. Or ce n'est pas si simple. Le décret ne porte bien que sur la reconnaissance de la personne humaine.

24 août, 2008 22:55  
Anonymous le chafouin dit ...

C'est drôle, ton dernier paragraphe pourrait très bien justifier la mise à mort des fous.

Pour le reste je trouve dommage quze tu refuses un droit à des gens sous prétexte que ça pourrait remettre en cause tes certitudes.Et ce qui a fondé une loi dans les années 70.

26 août, 2008 10:21  
Blogger Roger de BEAUVOIR dit ...

Une nouvelle absurdité du gouvernement Sarkozy, mais aussi des pro-avortements. Oui, on peut inscrire à l'État Civil un fœtus sans vie, oui on peut tuer un foetus, non on ne peut pas tuer un être humain.

Savez-vous, M. Mandret,qu'à encore un ou deux ans, l'enfant n'a pas exactement la conscience d'être ? que le "moi" freudien n'apparaît pas encore ?

Permettriez vous d'assassiner ledit enfant ?

Mais encore, dans une logique pro-avortement, on ne reconnaît l'humanité qu'à la conscience d'être et on prive ladite conscience d'être à un futur enfant on l'assassinons délibérément ?

Roger de Beauvoir.

06 septembre, 2008 00:16  

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