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30 juin 2009

Alastair Campbell : "la seule communication qui compte et qui est efficace est l'authenticité"

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Luc Mandret : On peut lire à travers les lignes de votre roman "Tout est dans la tête" (Éditions Albin Michel) la dureté du retour à une vie normale après 10 années passées à accompagner Tony Blair. L'écriture, et ce roman en particulier, étaient-ils les seules échappatoires pour faire le deuil du pouvoir ?

Alastair Campbell : L'idée de ce roman m'est venue un jour où je passais en vélo devant une église. J'ai vu un événement qui m'a fait penser à certaines choses… De retour chez moi, j'avais trois personnages (dont le psychiatre qui est le personnage principal), une idée centrale, et la fin. Puis j'ai commencé à écrire et j'ai fini la première version assez vite. Je crois que j'ai voulu donner une expression plus créative à des expériences assez dures dans ma vie - la dépression, la lutte avec l'alcool, ma dépression nerveuse assez sérieuse en 1986. Je ne crois pas que c'était une réponse à ma vie politique mais il est vrai qu'après avoir quitté mon poste en 2003 j'ai souffert de dépressions assez profondes.


Luc Mandret : Vous avez vécu au coeur du pouvoir la seconde guerre d'Irak. Avec le recul, ne regrettez-vous pas les prises de position du gouvernement travailliste de l'époque, au regard notamment de l'absence d'armes de destruction massive à l'origine de l'invasion de l'Irak ?

Alastair Campbell : La politique ne se fait pas à postériori. Tout ce qu'on a présenté sur ces questions d'armes, nous le croyions selon les conseils qu'avaient alors le premier ministre et le jugement qu'il avait du régime de Saddam. Le fait que l'on n'ai pas trouvé ces armes après la chute de Saddam nous a donné, aux Américains et à nous, d'énormes difficultés politiques bien sûr. De plus, les divisions causées par la guerre sont toujours là. Mais nous avons cru sincèrement ce que le gouvernement a présenté ; et je suis toujours de l'avis que l'Irak sans Saddam est meilleur pour les Irakiens et pour la région.


Luc Mandret : Vous n'avez jamais été élu, et vous avez toujours abordé la politique sous l'aspect communication politique, en étant le spindoctor de Tony Blair. On pourrait s'interroger sur l'importance des idées dans la communication politique. Selon vous, la communication en politique doit-elle avoir la même approche que la communication d'une entreprise ou d'une marque ?

Alastair Campbell : Il y a certains principes de communication qu'on peut appliquer à n'importe quelle organisation : l'importance de la stratégie, le besoin de comprendre la manière dont les médias ont changé, leurs effets sur l'opinion publique, l'importance de créer un espace stratégique et d'essayer de 'faire l'agenda' selon vos propres objectifs. Mais je ne pourrais pas faire ce que j'ai fait avec Tony Blair pour n'importe quel leader, ni n'importe quel parti. Je ne pourrais pas le faire pour n'importe quelle entreprise ou n’importe quelle marque parce que pour moi la politique c'est surtout une question de valeurs, de ce que l'on croit au fond. En disant cela, je ne dis pas que les entreprises sont sans valeurs mais que dans le monde politique, à mon avis, il faut vraiment croire en ce que l'on fait.


Luc Mandret : Le fossé entre communication politique et manipulation des citoyens est faible, notamment quand il s'agit d'établir une stratégie de marketing politique. Où se trouvent selon vous les limites et l'éthique de cette profession ?

Alastair Campbell : La seule communication qui compte et qui est efficace est l'authenticité. Surtout aujourd'hui. Il faut toujours essayer d'être authentique. Il y a eu tant de débat sur ces questions médiatiques et média-politique que je pense que l'on a un peu oublié que, dans les démocraties, les leaders et les politiques ne peuvent pas se cacher du public. Bien sûr ils veulent bien présenter, créer une bonne impression... Mais ils ont aussi un devoir de communication. Et dans cet âge des médias, c'est plus dur qu'avant. Surtout chez nous où les médias sont beaucoup plus difficiles que lorsque j'étais journaliste. Ils ne se regardent plus comme spectateurs. Ce sont des acteurs aussi. Il faut essayer de rester toujours stratégique.

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4 Commentaires:

OpenID arnaudh dit ...

Enorme! Bravo Luc pour cette itv!

On sent qu'AC a réellement eu du mal avec les journalistes sur la fin... Je garde un doute sur la pertinence de cette guerre politico-médiatique, est-ce le résultat des responsabilités pesantes de la communication gouvernementale, qui traite au quotidien avec une presse faite d'eurosceptiques, paranoïaques et tabloïds, ou alors le résultat de l'enquête de la BBC sur l'Irak qui aura remis en cause la légitimité des décisions de Tony Blair?

Je suis en train de relire "The Blair Years" pour trouver la réponse.

30 juin, 2009 09:47  
Blogger mat dit ...

Un gros bravo pour cette interview.
un gros poisson bavard et authentique ...

Justement en parlant d'authenticité, juste un léger doute sur cette notion qui laisserait entendre que les politiques puissent être vrais. Dès lors qu'il y a stratégie, il y a travail sur son image qui relègue toutes notion d'authenticité au rang de mythe. En revanche si par authenticité on entend sincérité, il est certain que pour faire aujourd'hui ce travail de chien, si l'on n' est mu que par l'ambition, on est incapable de convaincre sur le long terme.

Matthieu de DO

30 juin, 2009 11:13  
Anonymous Fx Lechat dit ...

Beau travail.

30 juin, 2009 12:06  
Anonymous Anonyme dit ...

Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.

30 juin, 2009 16:15  

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