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03 juin 2009

Blogueur : du média à l'identité numérique

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J'écrivais il y a quelques jours pourquoi je n'avais pas envie d'appeler les gens à aller voter, et pourquoi je ne voterai probablement pas lors du scrutin des élections européennes de dimanche prochain. Si cette note a provoqué 12 réactions directes, je m'intéresse à l'effet boule de neige, au delà des personnes que j'appelais à répondre à la question de ce qui était à la base une chaîne lancée par Grégory Bozonnet. Deux blogueurs, Jérémy Collado, Cédric Puisney et Olivier Montbazet (je vous incite d'ailleurs à les lire) ont poursuivi cette chaîne.

La porosité de cette note s'est également poursuivie sur LePost.fr où je publie quelques unes de mes notes, avec plus de 3000 lectures 30 commentaires pour la même note. Bénéficier d'un média en ligne s'avère souvent un excellent porte-voix. Preuve en est déjà de la disparition du caractère hermétique du simple blog.

Toujours sur LePost, Christophe Ginisty publie une note "L'abstention est vraiment un truc que je ne comprends pas" dont le titre résume à elle-seule le propos tenu. En bon politicien candidat du Mouvement Démocrate aux élections européennes, Christophe explique "
si je ne comprends pas l'absention, c'est que je ne comprends pas comment les gens peuvent être en accord avec leurs idées s'ils ne vont pas voter. Il y a un temps pour commenter la vie politique, se plaindre ou s'extasier et puis il y un temps pour voter. Le vote n'est que le prolongement dans l'action de la pensée citoyenne" (je ne sais pas pourquoi, je me sens un peu visé par cette phrase ...). Là encore plus de 3000 lectures de cette note, contre moins de 170 pour (peu ou prou) la même publiée un peu plus tard sur son propre blog.

Si les débats que peuvent provoquer une note sur un blog, et l'audience plus importante d'un média comme LePost (qui bénéficie de la force de frappe du Monde Interactif), ne sont pas une nouveauté, il devient intéressant d'observer l'importance du même débat au travers du prisme de l'identité numérique du blogueur. La même note sur mon (non) choix de vote fait l'objet d'une reprise par Libération dans une revue de blogs. Et pourtant sur un très gros support tel que Libération, seulement 6 réactions, réactions de plus totalement hors-sujet.

Suite à cette reprise de mon blog dans Libération, j'ai posté le lien sur mon compte Twitter et mon profil Facebook. Et sur le fil de la publication Facebook - pourtant ô combien succincte (mon blog cité par Libération :) http://bit.ly/J0c7e) - 27 commentaires sont postés. Apparaissent alors des remarques écrites comme en réaction à chaud que l'on ne voit que rarement sur les blogs ou médias en ligne, mais aussi de vrais débats de fond. Facebook devient alors un véritable lieu de dialogue, sur lequel on échange quelques instants, puis qu'on zappe. Les pratiques du blog en vitesse accélérée.

Mais en prêtant attention au fond des commentaires postés via Facebook, il est intéressant de noter qu'ils touchent plus à l'identité numérique du rédacteur qu'à la réalité de la publication. On se retrouve avec des personnes qui s'adressent aux autres commentateurs, en parlant du rédacteur à la troisième personne du singulier (ex : "il ne préconise rien, c'est justement ce qu'il précise. Que les gens aillent voter ou non, il s'en fout" . On se retrouve avec des commentaires s'attaquant directement au rédacteur (ex : "Luc comme Quitterie sont de gentils blogueurs narcissiques, ils aiment la politique si elle les met en valeur") en oubliant qu'ils s'adressent non pas à la personne elle-même mais à la personne qui donne à voir et à lire sur internet ce qu'il désire, c'est-à-dire une autocensure d'une identité réelle : l'identité numérique.

A l'origine de l'ensemble de ces discussions, il y a une personne physique, ayant choisi un "statut de blogueur" en s'exprimant via le média qui est le blog. Et à partir de ce point de contact, le blogueur se crée une véritable identité numérique, qui au final provoque plus de débat que la personne réelle (et c'est tant mieux) et bientôt très certainement que ses propres publications.

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5 Commentaires:

Anonymous Nicolas dit ...

Pour un militant du Modem, dont l'Europe est des thèmes principal, ne pas aller voter, ça fait mauvais genre, non?... :-)
Déjà déçu de Bayrou?
Personnellement, je ne comprends pas l'abstention. Au pire, si vraiment on n'est pas satisfait ou attiré par les différentes listes (quand même 27 en Ile de France, ça laisse le choix!), on peut toujours voter blanc.
Je pense à tous ces pays où on ne peut toujours pas voter et s'exprimer librement et au fait qu'en France, il n'y a pas si longtemps, les femmes ne pouvaient pas voter.

04 juin, 2009 10:06  
Anonymous Thai18 dit ...

Brillante analyse...

04 juin, 2009 10:36  
Anonymous Argoul dit ...

Ou "ceci n'est pas une pipe". Oui, l'outil change l'image car il contraint.
Faire court sur fesses-bouc engendre des "réactions" (épidermiques, émotionnelles, superficielles) - avec leur part de vérité, celle qui existe dans le spontané.
Faire long sur un blog oblige à lire, donc à réfléchir, et c'est une démarche que tous ne sont pas prêts à faire, là, à l'instant.
Etre repris par les journaux papiers et par leurs dérivés en ligne qui bénéficient de cette aura papier est une étape de plus : ça devient du spectacle, du buzz, du salonnage. "Il faut" être au courant.
Et dans tous ces supports, l'image de la personne réelle qui écrit s'épure, s'abstrait, se caricature. Tous les gens publics le savent. Ils en jouent.
Cordialement
Argoul de Fugues & fougue

04 juin, 2009 11:12  
Blogger Captain Skopje dit ...

Mais l'identité numérique n'est que l'émanation, le prolongement, de l'identité réelle, non?!

05 juin, 2009 11:46  
Blogger TerSem dit ...

T'as raison Luc , c'est pas parce qu'on a rien à dire (ou à voter) qu'il faut fermer sa gueule...
sinon où en serait la télé ?

06 juin, 2009 22:23  

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