]]>

11 août 2009

AFP vs Laurent Joffrin : la guéguerre du journalisme

Partager
Si vous n'avez pas suivi les premiers épisodes, il vous faut tout d'abord lire la chronique de Laurent Joffrin dans Libération, dans laquelle il s'attaque à l'AFP renommée pour l'occasion "L’agence France-frousse". Les raisons de la colère de Joffrin : l'Agence France Presse n'aurait pas repris, à trois reprises, des informations sorties par Libération. Et le directeur de Libé de citer comme exemple l'histoire des critiques de Nicolas Sarkozy contre José Luis Zapatéro et les révélations concernant les pertes de la Société Générale ou encore les bonus de la BNP.

Bien évidemment l'AFP a répondu, et le comique arrive quand l'AFP diffuse une dépêche AFP pour défendre l'AFP. Assez maligne par ailleurs cette dépêche : l'AFP n'oublie pas de citer le directeur de l'information de l'Agence France-Presse Philippe Massonnet bien évidemment, mais reprend également certaines des critiques du syndicat SNJ-CGT de l'AFP.

Eric Mainville relate cette histoire de cour d'école du journalisme parisianiste en citant notamment les réactions de confrères de la profession (plutôt engagés), notamment celle de Renaud Dély de l'hebdomadaire Marianne : "Il est vraiment très rare que des sondages politiques ne soient pas repris. Or, quand nous publions des sondages médiocres pour le pouvoir, parfois, à notre grand étonnement, l'AFP n'en parle pas".

Philippe Gavi quant à lui squatte le blog de son confrère Renaud Revel pour une note au vitriol contre son ancien camarade de Libération (Gavi est un journaliste "spécialiste des médias" et l'un des fondateurs du quotidien). Il écrit notamment : "Je savais Laurent Joffrin coléreux, et entêté, mais de là à être irresponsable et à couvrir de honte son journal, je ne comprends pas (...) Pourquoi le directeur de Libération a t-il balancé cette charge insultante dans des pages réservées aux opinions et débats, sans aucune enquête à l'appui, et sans réponse de l'AFP ? A donner des leçons de journalisme, autant commencer par soi-même".

Le gros problème de cette guerre entre professionnels de la profession, c'est que l'on garde le prisme des cercles d'amitiés et d'inimitiés. Personne n'est objectif, car il existe des clans chez les journalistes politiques, et les journalistes médias. Alors quand untel défend untel ou que untel descend untel, on ne sait jamais si ce sont les convictions ou le copinage qui l'emportent.

Mais par ailleurs, Laurent Joffrin fait trois erreurs en publiant cette chronique. Tout d'abord de prendre l'exemple de Libération comme exemples de son argumentations. Sa critique aurait tellement eu plus d'impact si Laurent Joffrin avait pris en complément des exemples d'autres médias. Certes on ne parle mieux que de ce que l'on connaît. Mais cet égocentrisme nuit à la considération de l'attaque.

Par ailleurs, Joffrin frappe son épée dans l'eau. Au final on ne retient qu'une diatribe de plus de Joffrin (et même pas de Libé) contre l'AFP. Joffrin l'anti-sarkozyste primaire qui ne vise finalement pas véritablement l'AFP mais surtout Nicolas Sarkozy et le système en place. Joffrin qui fait son beurre, en se mettant perpétuellement en avant dans le show médiatique, ne donne au final pas une très bonne image du journalisme. On croirait qu'importe plus sa personne et son journal que la véritable défense d'une certaine idée du journalisme.

Enfin comment prendre au sérieux le patron du journal Libération qui fustige l'AFP tout en diffusant un fil de dépêches de cette même agence de presse sur le site de Libé ? Si Libé n'est pas content du professionnalisme et conteste l'objectivité de l'AFP, pourquoi ne pas commencer par montrer l'exemple en rompant son contrat ? Le coup de sang de Joffrin pourrait alors être un peu plus pris au sérieux. Et l'on ne douterait alors ni de la sincérité de Joffrin, ni de son seul souhait de se faire un petit coup de pub.

Le débat lancé par Laurent Joffrin est pourtant ô combien important, notamment sur la pluralité des sources d'informations de la presse française, totalement soumise aux agences de presse. Mais alors, qui relèvera un jour le défi, s'ils ne sont pas contents du système actuel, de créer une agence de presse différenciante ?

Libellés : , ,

3 Commentaires:

Anonymous Benjamin dit ...

Merci pour cette analyse intéressante ! Cette tendance actuelle à la guérilla de jalousie entre certains médias m'énerve tout particulièrement !

11 août, 2009 12:44  
Anonymous Eric dit ...

Si le but de Joffrin était de faire savoir à la terre entière qu'il n'est pas en vacances en août (ou qu'il a trouvé du wifi dans son hôtel) c'est réussi. Mais est-ce que ça va au-delà de la polémique "coup de sang", comme tu l'analyses? Je ne sais pas.

Il n'en reste pas moins qu'il y a un malaise, un problème (et pas seulement économique). Le fait d'attendre le mois d'août, quand tout le monde (et notamment le pouvoir) est parti, ça veut dire quelque chose...

11 août, 2009 15:58  
Anonymous Thimothée Arlan. dit ...

Franchement , ce blog , il me fait penser à " Marianne " qui est une revue de presse des revues de presse... Et bien ce Blog de Mandret c'est pareil ... C'est vrai que ce blogueur aime " Voici " ça me fait assez rigoler !
Ce blogueur doit croire que l'on prend ses avis en très grand compte ... et qu'ensuite il est un véritable spécialiste du Cambodge. ( Bon, on va le lui laisser croire !)

Il fallait tout de même qu'il se rende compte qu'une partie muette de ses lecteurs le prend pour ...

12 août, 2009 11:09  

Enregistrer un commentaire

Liens pour ce post:

Créer un lien

<< Home