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06 décembre 2009

La circulation de l'information dans les médias traditionnels

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Il y a peu, je m'agaçais contre un article d'Hervé Gattegno dans Le Point, dans lequel il relatait une entrevue supposée entre DSK et Sarkozy aux toilettes du G20. Sans chercher à qui profite la divulgation de cette information, sans évoquer ses sources. Une information balancée, sans analyse, sans profondeur, sans réflexion.

Depuis, l'information a circulé, de média en média, des plus futiles au plus sérieux. Avec quelques différences, minimes cependant. L'article du Point a été publié le 3 Décembre à 13h02.

L'Express est le premier à reprendre l'information du Point, à 15h02 le même jour. Le site de l'hebdomadaire ne s'embarrasse pas de précaution en titrant "
DSK avertit Sarkozy... aux toilettes". Les journalistes font confiance aux journalistes, à quoi bon employer le conditionnel ?

Arrive ensuite le site "politique" de Morandini, Les Indiscrets, probablement vers 17h au regard de l'heure des premiers commentaires. Un titre à la Morandini : "
INDISCRET: DSK met en garde Sarkozy". Et toujours l'indicatif, mais vu le média, rien de bien étonnant.

17h17, @rrêt sur images, qui se veut pourtant un magazine de "réflexion critique sur les médias" est bien léger dans la reprise de l'information en écrivant "
Le Point de cette semaine raconte une scène croquignolette, se déroulant au sommet du G 20 de Pittsburgh". Seule la première phrase de la brève pousse un peu plus loin la réflexion que les précédents confrères : "Qui a intérêt à laisser circuler le bruit que des photos et des dossiers compromettants pour Dominique Strauss-Kahn circulent dans les arrière-cuisines politiques ?".

On poursuit avec 20minutes.fr
à 18h18 qui titre "DSK et Sarkozy règlent leurs comptes aux toilettes" et dans le chapeau non plus, aucune précaution n'est prise : "Ils se sont expliqués lors d'une entrevue au dernier G20...".

Idem pour Le Nouvel Obs à 18h55 : "Vie privée : quand DSK met en garde Sarkozy" et un article de Caroline Vigoureux pour le JDD : "DSK met en garde Sarkozy" pour finir la journée du 3 Décembre.

Le 4 Décembre, la nuit n'aura pas porté conseil à nos journalistes français. RTL : "Nicolas Sarkozy et DSK règlent leurs comptes dans les toilettes", ozap : "Vie privée : Strauss-Kahn se plaint à Nicolas Sarkozy" et même Le Monde : "Quand Strauss-Kahn menace Sarkozy" reprennent tous l'information.

En l'espace de 24h, un grand nombre de médias, dont certains parmi les plus lus et les plus respectés, ne se basent que sur l'article d'un journaliste du Point pour tous réciter la même histoire. Un article non sourcé, une information non vérifiée, qui fait le tour des médias, par enchantement, par facilité. Pour remplir des pages de sites internet. Pour ne pas passer à côté d'une source de fort trafic potentiel. Un système en vase clos, des titres tous semblables les uns des autres. Des contenus copier-coller. Même pas un "nous avons tenté de joindre les collaborateurs de Sarkozy/DSK". Rien, le néant.

La presse qui se meurt, c'est avant toute la faute de la presse. Que certains journalistes cessent de cracher sur "le web" quant on voit que le métier de nombre d'entre eux se résume à faire de la périphrase de dépêches ou diffusion d'informations de confrère non vérifiées.

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8 Commentaires:

Anonymous emanu124 dit ...

C'est assez exact. Prise par la vitesse et la concurrence du web, la presse traditionnelle a tendance à dire tout et n'importe quoi, parfois sans aucune vérification..

06 décembre, 2009 16:33  
Anonymous Eric dit ...

Sans insister sur le où (les toilettes), disons simplement qu'un proche de DSK a dit à un journaliste que DSK avait à l'autre que. Et ça devient une information. C'en est une, quoi que tu dises.

Après, la copie de l'info partout, ça fait partie du système Internet. Système peu satisfaisant puisque on emploie des gens pour réaliser un travail dont la valeur est égale à zéro.

06 décembre, 2009 19:58  
Anonymous mistral dit ...

Entièrement d'accord sur cette analyse.

Tu aurais pu rajouter : qu'ils arretent aussi de cracher sur le président, ce n'est pas leur role.

06 décembre, 2009 20:30  
Blogger Démocratie nanterrienne dit ...

Ce n'est malheureusement pas très nouveau. En 1987, quand "Action directe" fut arrêtée dans une ferme de Sologne, les médias expliquèrent que la serviette de cuir volée à Georges Besse, qu'ils avaient assassiné, avait été lacérée par Nathalie Ménigon pour nourrir ses hamsters. L'image-choc fut reprise par toute la presse : PQR, magazines, TV, radios... Pas un d-crétin de journaleux ne se posa la moindre question sur la stupidité de cette affirmation. Ils se recopièrent en couronne et six ans plus tard, dans les comptes-rendus du procès d'AD, l'anecdote était toujours rappelée...

En réalité, la police avait dit que Nathalie Ménigon avait découpé le cuir de la serviette pour en faire des holsters. Un crétin de journaleux avait mal entendu, en avait tiré cette fable débile, et tous les autres crétins de journaleux lui avaient emboité le pas comme un seul homme.

Alors, les journaleux...

06 décembre, 2009 21:13  
Anonymous Proof dit ...

Pour ce qui sont interessés par un XIII Sommet Ukraine - UE venez ici: http://www.info-news.com.ua/?p=26&lang=fr

07 décembre, 2009 00:16  
Blogger Camisard dit ...

Info sans source ? Ce genre d'information, c'est du "off". Donc, on ne cite pas la source. C'est un phénomène classique, qu'on retrouve en particulier dans le Canard enchaîné. Faut-il s'indigner ? peut-être... mais dans ce cas, beaucoup d'informations nous échappent et ce n'est pas forcément très sain pour la démocratie. En fait, le "off", ce n'est pas forcément la porte ouverte au "n'importe quoi". Il y a aussi une déontologie du "off". D'abord, je ferais remarquer que le billet est signé (Hervé Gattegno). C'est important. Une signature inconnue n'aurait pas été reprise. D'où vient l'info ? elle ne peut venir que de DSK en personne. Mais, et c'est le principe du "off", on ne le signale pas. Et si l'info est non fondée, et condamnée par DSK (en "off" toujours) la côte de Gattegno risque de plonger auprès de ses confrères.

07 décembre, 2009 13:17  
Anonymous Hugo Baillet dit ...

Je suis assez d'accord avec ton explication des faits. Il est vrais que les médias se sont emballé par cette annonce. Mais je rejoins Camisard en disant que du "off" c'est par définition une information dont la source reste secrète. Même si souvent, on entend "une source proche d'untel révèle que...".

Cela dit on peut se demander à qui profite cette "fuite" surement à DSK. D'autant plus qu'elle survient un certain temps après les faits, et que cette révélation correspond à son passage en France. Au moment ou DSK s'impose dans les sondages comme une réelle opposition à Nicolas Sarkozy, cette altercation n'en est qu'une preuve de plus.

là ou je ne te rejoins pas, c'est que si cela avait été faut, l'Elysée se serait empressé de dementir l'information, quelques minutes après la publiciation. Et encore, je pense que les journalistes ont dû contacter les proches du Président. Ils n'ont certes pas dû confirmer, mais pas démentir non plus. Et même DSK aurait, par son intelligence, démenti si cela avait été faux. Cela n'aurait pas porté atteinte à sa popularité, cela ne l'aurait que renforcer à mon avis...

08 décembre, 2009 12:59  
Anonymous FrédéricLN dit ...

C'est évidemment une question de statut. Les journalistes se considèrent mutuellement, et collectivement, comme des sources fiables.

Un fait qui ne provient pas d'un confrère doit être attribué, fût-ce de façon anonyme et floue ("un sympathisant MoDem estime que").

L'autorégulation va avec une notion de "cote de fiabilité" dans la profession, comme le souligne Camisard. Il faut éviter de se brûler.

Il y a plein de choses qui vont avec : une notion implicite de ligne pointillée ou de marge de tolérance (jusqu'où a-t-on le droit de déformer ses informations tout en restant une source fiable ?).

Ça va aussi avec un effet spéculaire que le billet souligne bien : être dans le buzz, citer des confrères, c'est plus facile que de trouver de l'info primaire ; et être cité soi-même, c'est plus valorisant que de crier dans le désert (car le public des médias, n'étant pas producteur d'un retour son jugé fiable, est comme un désert).

On peut être pour ou contre, mais c'est intéressant qu'il existe un tel modèle de communauté autorégulée dans la production d'information.

C'est évidemment une question de statut. Les journalistes se considèrent mutuellement, et collectivement, comme des sources fiables.

Un fait qui ne provient pas d'un confrère doit être attribué, fût-ce de façon anonyme et floue ("un sympathisant MoDem estime que").

L'autorégulation va avec une notion de "cote de fiabilité" dans la profession, comme le souligne Camisard. Il faut éviter de se brûler.

Il y a plein de choses qui vont avec : une notion implicite de ligne pointillée ou de marge de tolérance (jusqu'où a-t-on le droit de déformer ses informations tout en restant une source fiable ?).

Ça va aussi avec un effet spéculaire que le billet souligne bien : être dans le buzz, citer des confrères, c'est plus facile que de trouver de l'info primaire ; et être cité soi-même, c'est plus valorisant que de crier dans le désert (car le public des médias, n'étant pas producteur d'un retour son jugé fiable, est comme un désert).

On peut être pour ou contre, mais c'est intéressant qu'il existe un tel modèle de communauté autorégulée dans la production d'information.

Pour qu'elle soit robuste, pour éviter qu'elle ne tourbillonne dans le nombrilisme collectif, il faudrait qu'elle soit plurielle. Ce n'est guère le cas en France pour l'information politique nationale, toute la communauté journalistique est parisienne. Seuls quelques esprits forts restent en marge du buzz et ont leur propre filtre sur la réalité (l'élyséen Patrick Buisson par exemple). Les autres se regardent les uns les autres.

« Les blogueurs » pourraient apporter une alternative du pluralisme, mais à condition de sortir du buzz, de produire leur propre information primaire, de se reprendre / évaluer entre eux sans dépendre du buzz médiatique. Ça fonctionne, mais rarement. Le principe de porter, sans argument ni fait nouveau, la contradiction à une quelconque « pensée dominante » (sur le changement climatique ou le 11 septembre ou la gloire au président ou le johnnysme) ne constitue pas du pluralisme, ça en fait qu’ajouter un bourdon à la musique unique des médias. Me semble-t-il !

15 décembre, 2009 19:35  

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