Alastair Campbell : "Ségolène Royal est une candidate et un personnage très attirant mais son parti n'a pas résolu les grandes questions stratégiques"
PartagerAlastair Campbell : Barack Obama et son équipe ont eu un succès énorme de ce point de vue. Mais à mon avis, ils se sont servi d'Internet et de tout ce qui est nouveau pour créer une campagne électorale assez 'old-fashioned'. C'est-à-dire avec une structure d'équipe très claire, des messages très clairs, souvent répétés, avec beaucoup d'organisation sur le terrain. J'ai un collègue qui travaillait comme bénévole pour Obama et qui m'a dit qu'en un seul samedi dans l'état de Caroline du nord, ils ont frappé à plus de 500,000 portes - avec une armée d'assistants organisée grâce à Internet, inspiré par son message. Obama a montré, et continue de montrer que même avec ces médias de plus en plus difficiles et chaotiques, les leaders peuvent occuper l'espace stratégique de leur choix. Internet en fait partie, mais c'est moins important que ce qu'il fait, ce qu'il dit, la manière dont il le fait, le dit, qui il est.
Luc Mandret : Avec votre regard de professionnel, comment analysez-vous les communications des hommes politiques français ? Quels conseils pourriez-vous leur donner ? Notamment à des personnalités comme Ségolène Royal, François Bayrou ou Nicolas Sarkozy ?
Alastair Campbell : Alors là je n'ai pas trop envie de répondre. Eux, ils le font. Moi, je n'ai pas envie de commenter. Je ne suis pas Français. Je ne suis pas dans la politique française. Pendant les élections présidentielles, j’ai dit que j'avais l'impression que Sarkozy savait 'faire l'agenda'. Vous, vous appelez cela l'hyper-activité. Moi, je dirais qu'il essaie d'occuper un terrain plus on moins stratégique. Je dirais de Ségolène Royal qu'elle est une candidate et un personnage très attirant mais que son parti n'a pas résolu les grandes questions stratégiques. C’est toujours plus important que les questions de communication.
Luc Mandret : On parle de l'intérêt que porte Tony Blair pour devenir "Président de l'Europe". Est-ce le mandat de trop ? Seriez-vous prêt à vous remettre à ses côtés dans cette bataille ?
Alastair Campbell : Je ne sais si cela va arriver. Je sais que je n'ai aucun intérêt à retourner à un poste de premier plan en politique. J'ai été très fier de ce que j'ai pu faire pour lui et pour le Labour, d'abord dans l'opposition, ensuite au gouvernement, mais j'ai fait dix ans et c'est assez.
Luc Mandret : L'avenir d'Alastair Campbell, quel est-il ? Quels rêves vous reste-t-il à accomplir ?
Alastair Campbell : Un de mes rêves vient d'être réalisé : la qualification en Première Ligue de foot de mon équipe, Burnley, après 33 ans. J'adore le sport. Je fais pas mal d'événements : j'ai un triathlon la semaine prochaine pour mon association caritative, leukaemia research. J'aimerais bien les aider à trouver les fonds nécessaires pour continuer la lutte et guérir cette maladie affreuse qui a emporté mon meilleur ami et sa fille. J'ai aussi envie d'aider la campagne contre la discrimination à l’égard de ceux qui ont des problèmes de santé mentale. C'est pour ça que j'ai toujours été transparent sur mes propres problèmes, pour essayer de monter que même si on a des problèmes de santé mentale on peut faire des choses. J'ai été touché par l’accueil du roman. J’ai été très content de le voir traduit en français. J'ai envie d'écrire d'autres romans. Je viens de finir le second qui sera publié chez nous en février. J'aimerais que mes romans soient adaptés en films. Peut-être j'ai encore un ou deux grands jobs devant moi mais je ne vois pas ce qu'ils sont. Je suis assez content d’avoir une vie très différente. J'ai beaucoup de liberté. Je passe beaucoup de temps avec ma famille. Je n'ai pas le même sentiment de mission que j'avais dans ma vie politique mais cette liberté m'est devenue très importante.
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